TENTER

Par: Yvan Amar et Evelyne Lattanzio

C’est bientôt Noël. Et on sait qu’en plus de préoccupations spirituelles, c’est une période commercialement très intense. On achète beaucoup, on vend beaucoup. Et les gens sont facilement tentés par tout ce qu’on leur propose.
Tenter. Verbe intéressant car ses sens se développent autour de deux axes principaux, qui aboutissent d’ailleurs à deux substantifs différents : tentative et tentation.

Commençons par le sens religieux : tenter c’est essayer d’entraîner au mal en faisant miroiter des plaisirs, des avantages, des voluptés. Mais toujours des plaisirs considérés comme des péchés. C’est assez dire qu’il faudrait les fuir. Les plaisirs considérés comme les faux bonheurs qui vous font glisser sur une pente savonneuse. Donc on peut tenter quelqu’un, mais bien souvent, le verbe s’emploie à la forme passive : on est tenté, on se laisse tenter, ou on ne se laisse pas tenter.. Et on se laisse tenter par ce qui excite votre convoitise. On cède donc parfois à la tentation. Et on dit de façon plus imagée encore qu’on succombe à la tentation.

Une autre expression existe, « il ne faut pas tenter le diable », qui présente le diable comme celui qui est celui qui est le plus susceptible de se laisser tenter. Mais la phrase a une signification particulière : il ne faut pas faire de provocation. Pas d’angélisme ; ne pensons pas que tout le monde est d’une parfaite honnêteté, ou d’une parfaite maîtrise de soi. Ne laissons pas d’argent sur la table en quittant cette chambre d’hôtel, ne laissons pas trop longtemps en tête à tête le mari d’Alphonsine et le femme d’Enguerrand, etc.

Mais tenter a donc un autre sens tout différent, c’est essayer avec la valeur particulière de faire un essai qu’on est pas sûr de réussir et ça rend indirectement hommage au courage de celui qui tente. Le glissement de sens s’explique. Il s’agit de faire l’épreuve de quelque chose, de se mettre à l’épreuve soi-même et donc de voir de quoi on est capable.


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