VŒU

Par: Yvan Amar et Evelyne Lattanzio

Meilleurs vœux, phrase de saison : on se présente ses meilleurs vœux au seuil d’une nouvelle année.
Bonne année, bonne santé… bananier, pommes sautées…

Que se souhaite-t-on, à la nouvelle années ? Tout le mieux… bonheur, prospérité, amour, richesse… tous mes vœux…

Les vœux sont donc des souhaits. Mais on peut se souhaiter quelque chose à soi-même. Alors que le vœu, dans le cadre des vœux de bonne année, et plus nécessairement altruiste : on fait des vœux pour le bonheur des autres.
Beau mot, et beau geste… à condition qu’on puisse parler d’un geste… En est-ce un ? Un vœu est en tout cas un mouvement à la fois du cœur et de la bouche : on fait état de ce qu’on aimerait bien, en imaginant que ce désir, si sincère, si vibrant, si intense, finira par avoir un effet sur le destin, ou attendrir, infléchir la volonté divine…

A tout le moins, ça cherche à persuader votre interlocuteur de vos bons sentiments, de vos bonnes intentions, qu’elles soient ou non suivies d’effet. Dans cet emploi, vœux est toujours au pluriel. Mais le mot est plus complexe que cela…

Vovere, d’où dérive notre vœu, est un verbe latin qui signifie entre autres sens « désirer, souhaiter… ». Mais ce vieux verbe a eu d’autres sens. Il signifie aussi « faire une promesse ». C’est qu’on remonte là à une pratique ancienne, romaine (entre autres) . On passe un marché avec la divinité : on lui demande quelque chose, et en échange on lui fait une promesse (de bien se conduire, de lui faire tel sacrifice, de lui consacrer des offrandes ou des heures de prière…) Le vœu est donc aussi un genre de promesse. D’ailleurs votum, en latin désignait l’engagement pris par les époux au moment du mariage. S’aimer, se secourir, se demeurer fidèle… Dès l’origine, on trouve donc explicitement cette idée d’engagement, de promesse qu’on se comportera de telle ou telle façon. Et en général qu’on se restreindra, qu’on se réfrènera, qu’on fera aller sa volonté contre sa pente naturelle, contre son désir instinctif. Le vœu ne va pas sans une certaine idée de mortification. Ainsi parle-t-on des vœux religieux : de pauvreté, de chasteté et d’obéissance. Et on distingue non seulement les contenus, mais les degrés de sérieux des vœux en question : vœux simples, vœux solennels, vœux monastiques…

Quant au vœu pieux ! L’expression est ironique : c’est le vœu qu’on fait, le souhait qu’on formule alors qu’il est évident qu’il ne sera pas exaucé, que la réalité ne viendra jamais lui correspondre.


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