LES FLEURS DU MAL

Par: Yvan Amar et Evelyne Lattanzio

C’est aujourd’hui que sort un film de Claude Chabrol, intitulé La fleur du mal. Un titre original, mais qui fait référence à l’un des plus célèbres recueils de poèmes de la littérature française : Les fleurs du mal (au pluriel) de Baudelaire.

Mais quel est le sens de ce titre ? C’est qu’il faut, d’après Baudelaire extraire « les fleurs » du « mal ». Pourtant, on voit bien que le titre est ambigu comme si le beau naissait du mal, que la laideur avait ses beautés, que le malheur avait ses plaisirs.
Bien sûr il ne s’agit pas de faire l’apologie du mal, ni même du malheur, même si ces fleurs sont liées à des beautés douloureuses.

L’édition des Fleurs du Mal a été particulièrement soignée, avec d’innombrables relectures et corrections ce qui n’a pas empêché que l’ouvrage sorte auréolé d’un parfum de scandale. Il est très mal accueilli, dans le Figaro : Gustave Bourdin déclare: « Ce livre est un hôpital ouvert à toutes les démences, et à toutes les putridités du cœur. » Et on sait que cet article avait peut-être été inspiré par le Ministre de l’Intérieur lui-même, Billau. Mais l’affaire n’est pas simple : Edouard Thierry défend Baudelaire, et écrit quelques jours après : « Le désespoir et la tristesse sont l’unique et suffisante moralité des Fleurs du Mal ». Et il écrit ça dans le Moniteur, un journal peu progressiste, soutien presque officiel du régime de Napoléon III.

Le procès a lieu quand même. Baudelaire est fort mal défendu par son avocat, à tel point qu’il déclare que s’il s’était défendu lui-même il aurait probablement été acquitté. Hélas, l’issue du procès est différente : Baudelaire est condamné à trois cents francs d’amende, et six poèmes sont interdits : il faudra les retrancher de l’édition suivante, faute de quoi, les Fleurs du Mal n’auront pas le droit de paraître.


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