AGE

Par: Yvan Amar et Evelyne Lattanzio

Une conférence anti-âge s’est tenue à Paris le week-end dernier, réunissant de nombreux spécialistes médicaux qui tous tâchent de lutter contre les méfaits de l’âge qui vient : dermatologues, chirurgiens, esthétiques ou pas, nutritionnistes etc ont fait le point sur leurs connaissances. Comme si l’âge était finalement considéré comme une maladie qu’on pouvait guérir, ou tout au moins, dont on pouvait retarder les effets.

Anti-âge… La formation du mot prouve bien que l’âge est l’ennemi. Et un ennemi particulier : on ne parle pas de lutte anti-cancer. En revanche, on parle bien de campagne anti-tabac. Ce qui montre que l’âge est presque considéré comme une substance nocive.
A tel point d’ailleurs que l’on parle en ce moment, dans ces sphères autorisées de « l’esprit antiaging »…. Ah ! nous y voilà ! C’est donc un anglicisme. Cette croisade vient d’Amérique.
Oui, mais on s’y associe volontiers. Notre passé linguistique nous y pousse : on parlait il y a bien longtemps déjà de crème anti-rides.

Mais qu’est-ce donc que l’âge cet ennemi masqué qu’on voudrait réduire ?
Ce mot, qui dérive du latin aetas au départ le temps, désigne le temps qu’on a déjà vécu, et se rapporte donc à l’évaluation du temps de vie. Quel âge as-tu ? Bizarrerie du langage : on questionne sur l’âge. Et on répond toujours sur les ans, et sur leur nombre. Quel âge as-tu ? Douze ans. Jamais on ne demandera « Combien d’ans as-tu ? » Le mot clé de la réponse n’est donc pas exprimé dans la question.
Par ailleurs, on emploie le mot, qualifié par différents adjectif, en rapport avec toutes les périodes de la vie : Premier âge, bas âge, âge tendre, le bel âge, âge mûr, le grand âge etc.

Mais le mot a un emploi particulier, quand il est employé sans adjectif. Quand on parle de l’âge sans préciser, on sous-entend souvent l’âge accumulé. Et même qu’il s’en est accumulé un peu trop. Avec l’âge qui vient… A mon âge… Et l’adjectif qui en découle signifie toujours « vieux », mais avec une vague volonté d’euphémisme : on arrondit les angles. Etre âgé semble plus supportable qu’être vieux. Ou tout au moins, on peut se permettre de dire de quelqu’un qu’il est âgé, voire, très âgé alors qu’on aurait scrupule à dire qu’il est vieux.


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