VOILE ET FOULARD

Par: Yvan Amar et Evelyne Lattanzio

Le port (ou non) du foulard ; le port, (ou non) du voile sont des questions d’actualité qui périodiquement reviennent sur le devant de la scène. Doit-on accepter que des femmes musulmanes portent cet accessoire dans des lieux publics et dans des situations laïques, à l’école par exemple, ou au travail… Mais que dit-on et que doit-on dire ? Parle-t-on indifféremment de voile ou de foulard ?

Les deux mots n’ont pas exactement les mêmes échos. Le voile porte en lui une certaine fonction et une certaine histoire même si l’on se cantonne à l’histoire linguistique. Alors que le mot foulard a quelque chose de plus neutre.

Pourquoi ? Un voile peut être considéré comme un simple accessoire vestimentaire, une pièce de tissu, qui couvre la tête, le front. Mais il n’empêche que le mot porte une intention : le voile est là pour cacher quelque chose, c’est bien le sens du verbe voiler : cacher, enlever aux regards, et parfois cacher à moitié, car un voile peut être translucide, laisser deviner une forme. Le mot a d’ailleurs des emplois qui n’ont aucune rapport avec le vêtement, ni même avec la matérialité d’un tissu, mais qui conserve l’idée de cache. Jeter un voile, un voile pudique sur quelque chose c’est ne pas en parler, ou à peine, sans s’étendre en tout cas. L’adjectif pudique est ici employé de façon ironique, avec un sourire. Et pourtant, il est significatif : un voile cherche à cacher par pudeur. Et si une femme se voile, c’est pour ne pas être vue, mais par pudeur, pour ne pas tenter. Une femme donc se voile pour ne pas se faire désirer.

Et ce mot de voile renvoie à l’expression femme voilée qu’on emploie essentiellement à propos de femmes musulmanes, qui pour des raisons de culture religieuse, masquent leur visage. Si l’on parle de femme voilée, on ne parle pas juste de quelqu’un qui porte un morceau d’étoffe sur les cheveux, mais de celle qui masque aux regards tout son corps et toute sa silhouette. Et la symbolique religieuse est accentuée du fait que le mot s’emploie également dans la tradition chrétienne. Avec un sens particulier : prendre le voile c’est se faire religieuse, entrer dans les ordres.

Alors si l’on parle de foulard, on voit que l’impression donnée est différente. Le mot de foulard qui appartient au vocabulaire du vêtement, n’a pas d’a priori, pas de signification spéciale. On l’emploie très couramment à propos d’une écharpe légère, qu’on peut se mettre autour du cou, par coquetterie, pour se protéger du froid, qu’on soit un homme ou une femme. C’est donc un mot non seulement laïque, mais neutre. Et son emploi peut-être, dédramatise l’affaire, même si on est parfois amené à préciser « le foulard islamique » pour bien montre de quoi l’on parle .


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