PATRONYME

Par: Yvan Amar et Evelyne Lattanzio

La loi sur le patronyme, adoptée en février 2002 ne sera pas appliquée tout de suite en France. C’est ce qu’on vient d’apprendre, et les choses vont donc rester en l’état durant quelques mois, ou plus, alors qu’il était question que les parents puissent choisir le nom de leur enfant, et opter pour le nom du père, celui de la mère, ou les deux accolés. On attendra pour avoir cette latitude quant au nom de son enfant. Enfin à son nom de famille. Pour le prénom, ce sont les parents qui choisissent, ça c’est sûr. Pour le patronyme, c’est autre chose.

Et c’est ça qui nous intéresse : comment nomme-t-on le nom ? De façon très usuelle, et courante, on parle de nom de famille. Je m’appelle Amar : c’est mon nom de famille. C’est à dire ? C’est que mon nom est partagé par une certain nombre de personnes de ma famille. Dans le cas considéré comme le plus général , ce nom est partagé par mes parents, mes enfants, mon épouse, si j’en ai une. Et si je suis un homme. Et cet usage est extraordinairement significatif de la puissance symbolique masculine dans nos civilisations.

Bien entendu, les exceptions à ce cas dit général sont tout à fait courantes. Si par exemple les parents ne sont pas mariés, qu’ils vivent ensemble ou pas, le nom du père ne se transmettra pas automatiquement à l’enfant à naître. Et on peut dans une même famille avoir des « noms de famille » différents.

Mais étymologiquement, le patronyme, est le nom du père. Et patronyme est un mot à l’écho plus savant, à l’usage moins fréquent que « nom de famille », expression plus neutre qui reflète l’usage plus que l’idéologie phallocratique de la puissance de l’homme et du père. Mais l’emploi du mot patronyme échappe (Dieu merci) son sens étymologique. Si vous vous appelez Durand parce que votre mère s’appelle Durand, et que vous portez son nom, Durand est votre patronyme, pas votre matronyme. Et une femme mariée qui a adopté le nom de son mari, selon un usage fréquent, pourra éventuellement parler de son patronyme, à propos de ce nouveau nom, même si c’est illogique, et techniquement faux.

Pour son ancien nom, on parlera de façon courante, de son nom de jeune fille. Alors que ce nouveau nom ne se spécifie pas de façon particulière. On dit bien nom d’épouse, certes, mais c’est bien rare. On précise parfois, sur les documents officiels notamment Jeannette Chéri-Bibi, née Dubois, ou Comtesse de Ségur née Rostopchine.

Toutes ces dénominations d’ailleurs passent beaucoup par l’usage. Quand on demande à quelqu’un quel est son nom, souvent seul le contexte permet de savoir ce qu’on demande exactement. Est-ce son prénom ? Est-ce son « nom de famille » ? Si dans le cadre d’une sortie amicale, vous rencontrez quelqu’un avec qui vous discutez, plaisantez avant même de savoir comment il s’appelle, vous pouvez lui demander son nom. C’est en fait son prénom que vous attendez qu’il vous donne. Mais s’il vous répond qu’il s’appelle Anatole, et que vous l’aviez déjà compris, alors, vous préciserez : pas ton prénom ; ton nom de famille !


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