LIBERATION

Par: Yvan Amar et Evelyne Lattanzio

On fête en ce moment les trente ans du journal Libération, un journal qui a marqué l’histoire de la presse française récente : c’est le seul quotidien généraliste à s’être réellement imposé depuis ces trente dernières années. Son nom, et l’abréviation courante « Libé », toute familière qu’elle soit, sont là pour en témoigner : les lecteurs, ou les habitués, même si certains trouvent plus chic de dire Libération, disent fréquemment Libé, comme naguère, on disait l’Intran pour L’Intransigeant.

Le titre est bien choisi, car libération est un vrai mot du 20è siècle, et même de la deuxième moitié du 20è s. Bien sûr, le mot lui-même est beaucoup plus ancien, mais c’est quand même l’un des mots clés du vocabulaire politique progressiste.

C’est déjà un mot qui a marqué la fin de la Deuxième Guerre mondiale, tout au moins en France : la Libération a succédé à l’Occupation. Et c’est de la Résistance qu’est issu ce journal : les trente ans qu’on fête aujourd’hui sont ceux de la renaissance d’un organe dont l’existence a connu des éclipses.

Mais le journal Libération, tel qu’on le connaît est plutôt issu du mouvement de Mai 68. C’est un journal post soixante-huitard. Et l’idée de libération était au cœur de l’idéologie soixante-huitarde.

Le 19è siècle a été nourri de l’idée de liberté, plus abstraite peut-être, moins dynamique, moins inscrite dans le temps : on est libre, ou on ne l’est pas !. Mais les images, l’iconographie liées au mot liberté nous font tout doucement passer à l’idée de libération. Le célèbre tableau de Delacroix par exemple, où l’allégorie des la Liberté, cette femme qui s’avance farouchement, et qui n’a cure de son sein découvert, guide le peuple qui la suit. C’est ça, la libération : un processus en marche, et non un état de fait. Parler de libération, c’est donc déjà reconnaître qu’on n’est pas libre, que progressivement on s’en rend compte, qu’on secoue le joug… en un mot, qu’on se libère…


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