PAS DE SOUCI

Par: Yvan Amar et Evelyne Lattanzio

« Il n’y a pas de souci ! » Ou plutôt « Ya pas de souci ! ». Formule courante et à la mode depuis quelque temps. Dans un langage assez familier, mais pas argotique. Et plutôt chez les jeunes. Mais pas seulement. Tic de langage à la mode, en tout cas.

Que signifie-t-il ? La phrase est en général fort aimable. Elle correspond à peu près à l’expression « pas de problème », ou plus récemment « pas de lézard ». C’est à dire tout va bien. Donc une phrase qui sert à rassurer. Mais à rassurer avec amabilité, de façon à mettre son interlocuteur à l’aise. Et c’est là l’équivalent de « Ne t’inquiète pas ».

On peut l’entendre comme une expression qui répond à une excuse demandée, à un pardon : « Je peux te voir demain, mais à 8 h du matin… C’est un peu tôt… Désolé… » A quoi on peut répondre par « Y a pas de souci ; j’y serai ! » « C’est un peu loin du métro… Il faudra bien marcher une demi-heure… » « Ya pas de souci … » « Oh je t’ai marché sur le pied… J’espère que je ne t’ai pas fait mal… » « Pas de souci , ne t’excuse pas ».
Et l’expression est si souvent employée, qu’elle signifie aussi parfois « Tout va bien, tout est en ordre, tout est réglé… »

C’est donc l’une des charmantes étrangetés de la langue que de faire resurgir dans la langue familière des mots qui appartiennent au lexique soutenu, parfois même ancien. Car a priori, rien ne prédisposait ce mot de souci à passer dans la langue branchée.
Ce mot de souci s’employait déjà bien souvent à la négative : je ne m’en soucie guère, qui veut dire je ne m’en fais guère à ce propos, et même, je m’en moque, ça ne m’intéresse pas. Avec quelques expressions figées : c’est le denier, le cadet, le moindre de mes soucis. Il n’a pas l’air de se soucier beaucoup de son avenir, de ses vieux parents, de sa jolie fiancée.

Et se soucier de quelque chose, c’est s’en occuper, dans les deux sens principaux du verbe occuper : les problèmes que je règle, que je n’oublie pas de régler… qui donc m’occupent… Mais aussi les problèmes qui m’inquiètent, qui me font faire du mouron, du mauvais sang… Qui m’occupent donc, mais aussi qui me préoccupent…


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