Chœur

Par: Yvan Amar et Evelyne Lattanzio

En France, les pratiques vocales sont extrêmement à la mode en ce moment : il n’y en a que pour les chœurs. Avec Accentus, le chœur dirigé par Laurence Equilbey, les Eléments, le chœur dirigé par Joël Suhubiette et bien d’autres, on voit bien un renouveau de ce genre de pratiques musicales. Alors que longtemps, les chorales évoquaient des pratiques amateurs parfois un peu poussives. En tout cas la première chose à éviter, c’est la confusion entre cœur et chœur. Même si parfois bien sûr, on en profite pour se livrer à quelques calembours. Par exemple la fédérations des chœurs à cœur joie. On joue alors sur l’homophonie entre le chœur et l’expression figée à cœur joie, comme dans « s’en donner à cœur joie » vieille expression qui signifie se donner à une quelconque activité avec la joie au cœur.

Soyons donc claires : le cœur, c’est l’organe vital, la pompe physiologique qui envoie du sang dans les artères, et le récupère par les veines, et permet d’irriguer le corps tout entier. Avec toutes les significations métaphoriques qu’on prête au cœur. Siège supposé des sentiments… Synonyme d’amour, d’affection, de générosité, d’altruisme etc.

Le chœur vient du latin chorus, lui-même emprunté au grec khôros, dont le sens de départ est bien éloigné du sens d’arrivée. En tout cas, il a un rapport avec la danse : khôros c’est le danseur, ou le groupe de danseurs, ou même le lieu où l’on danse. De cette première liaison avec le monde de la danse, on a quand même retenu en français moderne le mot chorégraphie, qui désigne la composition d’un mouvement dansé. Le chorégraphe est celui qui invente des danses, et des suites de pas pour les faire interpréter par des danseurs. Mais dans le théâtre antique, si l’on danse, on chante aussi parfois, ou du moins, on psalmodie, on récite, on scande. tout un rapport au texte particulier, dont la déclamation occupe une place médiane entre la parole et le chant.

Et c’est cette pratique qui permet de comprendre deux sens principaux du mot chœur en français moderne.

La pratique du chœur évolue du rite théâtral au rite religieux : Le chœur finira par désigner les fidèles qui se regroupent autour de l’autel pour chanter pendant l’office. De là des expression comme chœur des anges, chœur des vierges. De là aussi, l’expression enfant de chœur. Et surtout, un sens de localisation particulier : le chœur c’est l’endroit ou se mettent ceux qui chantent. Et comme c’est au beau milieu de l’église, on a eu tendance à confondre les deux mots : cœur et chœur. En tout cas, il y a une sorte de contamination de sens .

Et puis le chœur a fini naturellement par désigner l’activité de ceux qui chantent : Il désigne donc les voix mêlées, l’ensemble des voix qui chantent (avec ou sans orchestre) et parfois la musique que chantent ces voix.
En l’expression en chœur, séparée du monde de la musique, signifie également, ensemble, bien ensemble. Ils ont repris tous en chœur : « c’est pas nous ! »


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