CULTURISTE

Par: Yvan Amar et Evelyne Lattanzio

Un culturiste gouverneur de Californie ? Président des Etats-Unis ? Holà ! Holà ! N’allons pas trop vite en besogne. Mais c’est bien un mot qu’on entend beaucoup en ce moment, à propos d’Arnold Schwarzenegger.
Le mot est plus ancien qu’on pourrait le penser : il apparaît vers 1910, s’endort, et se réveille vers 1950, pour désigner une certain type de développement physique : Entraînement musculaire intensif, qui se traduit un peu par les performances qu’il permet, mais, bizarrement, surtout par la visibilité qui le traduit. Muscles saillants, pectoraux impressionnants, et qui bougent à la demande, biceps surdimensionnés, « tablettes de chocolat », abdominaux hypertrophiés… C’est à un genre de sculpture humaine que se livrent les culturistes, pour passer des concours durant lesquels, presque au sens propre, ils « roulent des mécaniques »…

Pourquoi culturiste ? Parce qu’ils font une forme de culture physique, même si elle est poussée à l’extrême.

L’expression culture physique apparaît vers le début du 20è s. Elle est plus ou moins synonyme de gymnastique. Un mouvement double préside à la formation de l’expression. D’un côté l’idée qu’on doit développer le corps comme l’esprit, à la manière de l’esprit : mens sana in corpore sano… C’est une idée au départ humaniste, souvent plus ou moins associée à des idéologies un peu fumeuses sur le développement harmonieux. De l’autre côté, le développement physique a souvent souffert d’un complexe, par rapport aux disciplines intellectuelles. Donc, inventer une expression compliquée remet plus ou moins les deux univers à niveau…. Physique, d’accord… Mais culture ! Et on sait que ce mot de culture, qui porte une image d’épanouissement, d’ouverture intellectuelle et artistique irrigue l’idée « physique » et lui insuffle un certain prestige. Alors le mot gymnastique a eu ce rôle pendant un temps. Le mot vient du grec (l’art d’être nu…) Mais comme il s’est répandu, il a perdu son aura antique. On l’a abrégé en « gym ». Et il est devenu à la fois très bien compris, et très courant. Et la gym, longtemps, n’a pas été considérée comme une discipline aussi importante que le français, les maths, l’histoire, etc. Donc, dans un contexte scolaire, la gym, c’est l’heure où l’on va remuer, se défouler peut-être… On sent bien cela dans la mesure où, administrativement, gymnastique a été remplacé par Education physique et sportive, devenu EPS. Plus administratif donc, moins familier que « gym ». Et le mot culturiste procède un peu du même mouvement. Et il appartient à un français plus relevé, plus soutenu que « gonflette ».


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