ZAZOU

Par: Yvan Amar et Anne-Cécile Bras

« Zazou – Une histoire d’amour sous l’Occupation ». C’est le titre de la comédie musicale que Jérôme Savary met en scène actuellement à l’Opéra Comique, et dont le titre mérite quelque explication : Zazou !

Le mot est très lié à l’Occupation, en effet, c’est-à-dire à l’époque noire qui va de 1940 à 1944. Et les Zazous étaient, à l’époque, de jeunes extravagants provocants, qui se singularisaient surtout par leur tenue vestimentaire : Une chanson de 1942 les décrit assez bien :

Les cheveux frisottés,
Le col haut de dix-huit pieds,
Ah ils sont zazous !
Le doigt comme ça en l’air
Le veston qui traîne par terre
Ah ils sont zazous !
Ils ont des pantalons d’une coupe inouïe
Qui arrivent un peu en haut des genoux
Et qu’il pleuve ou qu’il vente, ils ont un parapluie,
De grosses lunettes noires,
Et puis surtout,
Ils ont l’air dégoûté
.

On pense bien que ces dandys excentriques choquaient, en ces temps de restriction. Mais cette dérision et cette insistance correspondent, bien sûr, à une rébellion par rapport à la Révolution Nationale, et aux valeurs de la Collaboration, Travail, Famille, Patrie…

Ce mot de zazou succédait au mot de swing, très à la mode, depuis le milieu des années 30… Ce mot vient, évidemment, du vocabulaire musical : le swing représente un certain type de jazz et, au départ, une certaine façon de syncoper les rythmes… Et le mot représente bien des images de liberté, de modernisme un peu tapageur, liés au jazz et à l’Amérique. On parle ainsi des petits swing (les jeunes gens à la mode) avant de parler des zazous.

Maintenant, d’où vient ce mot de zazou ? Du jazz aussi, semble-t-il. On trouvait notamment, dans une chanson de Cab Calloway, les onomatopées zazouzaz… Et on sait que les onomatopées étaient en vogue dans le jazz, façon d’imiter les instruments, façon aussi d’introduire un nouveau phrasé dans la façon de chanter : nouvelle accentuation, nouveaux décalages… Et tout ça avait été repris dès 1938 par Johnny Hess, dans sa chanson « Je suis swing ».

Mais, le mot zazou est loin de tout devoir à l’Amérique. : il sonne ! Et la répétition du « z » se retrouve dans d’autres mots familiers qui évoquent la jeunesse ironique et en rupture avec le monde trop sérieux des adultes : Zozo, ou même Zazie qui, un peu plus tard, sera l’immortelle porte-parole de Raymond Queneau.



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