SYNAGOGUE

Par: Yvan Amar et Anne-Cécile Bras

Les affreux et récents attentats nous amènent à parler de synagogue. Tout le monde sait que le mot désigne les lieux de culte juifs. Depuis longtemps ? Mon Dieu (si je puis dire) assez… On le trouve, en ancien français, à partir du XIème siècle, on le relève dans la Chanson de Roland.

L’étonnant est quand même la formation du mot. Car il n’a rien de juif, ce mot. Il a même une allure étonnamment grecque. On le rapprocherait plutôt de synecdoque, de syllepse ou de synonyme… tous ces mots savants empruntés par le français au grec. De fait, c’est là son origine. Le mot est emprunté au grec sunagogè, qui signifie réunion, mot à mot ce qu’on conduit ensemble, ce qui est rassemblé. Une synagogue est donc une congrégation. Et le mot s’est employé, au départ, par les juifs de langue grecque. Donc, même s’il n’a aucune étymologie qui le fasse venir de l’hébreu, le mot a été accrédité par des juifs.

Dès son apparition en ancien français, le mot a eu son sens actuel. Mais, ce sens a coexisté avec d’autres : La synagogue pouvait désigner l’ensemble de la communauté juive. Le mot s’est employé avec un écho péjoratif, mais relativement tardivement, pas avant le XVIème siècle, semble-t-il, c’est-à-dire au moment des guerres de religion qui opposaient Catholiques et Huguenots. Et ce mot de synagogue a pu alors s’employer pour désigner l’église de l’autre : les Protestants, de façon méprisante, appellent synagogues, les églises catholiques.

Un antisémitisme latent va donner au mot d’autres significations péjoratives : une synagogue est un groupe de gens prétentieux qui tranchent de tout sans y rien connaître. Ou même, c’est un vacarme de tous les diables… Et, à la fin du XVIIème siècle, on trouve même l’expression pittoresque « enterre la synagogue avec honneur », pour dire terminer sans esclandre une liaison clandestine.




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