ECOLE

Par: Yvan Amar et Anne-Cécile Bras

Un grand débat sur l’Ecole. C’est ce qu’a lancé notre ministre. Qui utilise ce mot de façon très générale, abstraite et globalisante : l’Ecole. Avec un grand E. Où va l’Ecole ? A quoi sert l’Ecole ? Quelle sera l’Ecole de demain ?

Il est intéressant de voir que ce mot renvoie à toute une fonction : l’ensemble de l’institution éducative. Et ce recours à un mot abstrait donne de l’élan à la réflexion, entraîne une certaine hauteur de vues. On pourra ainsi s’interroger sur son rôle, sa fonction, ses limites : en quoi l’Ecole doit-elle être complémentaire de la famille ? En quoi ne doit-elle pas s’y substituer, etc. On voit qu’on parle d’une fonction, bien plus que d’un fonctionnement. Le fonctionnement n’est qu’un mode opératoire dérivé. On parle de l’Ecole, et non du monde éducatif… Autre expression très souvent employée, pour désigner de façon très concrète, pour le coup, tous ceux qui sont concernés par l’Ecole : enseignants, élèves, administratifs, surveillants, parents d’élèves, syndicats… tous ceux qu’on appelle les acteurs du monde éducatif.

Toujours est-il qu’on essaie de se demander quelle sera l’action de l’Ecole en matière d’instruction et d’éducation.
Ah la belle affaire ! Serait-ce qu’il y a une différence entre les deux mots ? Et comment qu’il y en a une ! Plusieurs, peut-être…
Instruire évoque le fait de dispenser un enseignement, de transmettre des connaissances. Mais attention : la signification du mot n’est pas tout bonnement mécanique ; il ne s’agit pas (pas toujours) de bourrage de crâne. Une connaissance va toujours avec son mode d’emploi. Et l’instruction consiste à faire assimiler des connaissances : il faut savoir s’en servir.

On se souvient que les premières grandes lois sur l’école émanaient d’un Ministère de l’Instruction publique, et que l’un de ses buts principaux était que tous les jeunes Français sussent lire, écrire, compter. Mais, savoir lire est une compétence, un savoir-faire complexe et actif qui dépasse de loin un quelconque « par cœur ». Instruire n’est donc pas gaver. Soit.

Et éduquer alors ? Ça va plus loin ! Et la plupart du temps, ça a un rapport avec la croissance de l’élève. Eduquer, c’est aider à un développement, presque élever… Participer à un certain épanouissement, mais tout en façonnant, en orientant, en donnant une direction.

Instruire serait donc enseigner à faire quelque chose.
Et éduquer serait enseigner à se comporter d’une certaine façon.
On n’a qu’à, pour s’en convaincre, comparer le sens des deux participes.
Celui qui est instruit sait quelques sous-préfectures, une fable de La Fontaine, calculer un pourcentage et l’histoire du Cid.
Celui qui est éduqué ne met pas ses coudes sur la table ; il sait se taire quand parle le patron, mais peut-être aussi à quel moment on doit exprimer son désaccord. Il devine quand on peut citer le Cid et La Fontaine. Il a du jugement. Et des usages.



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