PIEGE

Par: Yvan Amar et Anne-Cécile Bras

La multiplication des attentats fait hélas qu’il y a une expression qu’on entend de plus en plus : attentat à la voiture piégée. Si cette technique se répand, ça ne nous empêche pas de nous demander ce qu’on appelle une voiture piégée. C’est, en fait, une voiture transformée en bombe, qu’on peut garer à proximité d’une cible visée et faire exploser ensuite. Mais, l’expression a parfois un sens légèrement différent… Et là encore, ça nous renvoie aux pratiques terroristes.

Une voiture piégée est une voiture bourrée d’explosifs, que son démarrage fera exploser. On piège donc la voiture de la victime désignée qui déclenchera elle-même le dispositif en tournant la clé de contact… Et l’expression est calquée sur celle de lettre piégée, colis piégé…. envois malveillants qui sautent quand on les ouvre… techniques fréquentes de l’OAS à la fin de la guerre d’Algérie. Et c’est, d’ailleurs, à cette époque qu’apparaissent les expressions, et même qu’on se met à parler de mine piégée, pour désigner une mine qui sautera au moindre contact. Et ces pratiques sont particulièrement perverses... parce que la mise à feu est effectuée, à son insu bien sûr, par celui qui va en pâtir. Et aussi parce que l’engin de mort est dissimulé sous l’apparence la plus anodine possible. C’est ainsi que la victime est « piégée ».

Le mot piège dérive du mot pied, du mot latin pedem. Mais bien qu’il signifie au départ « entrave, lien, chaîne qu’on met au pied… », il se spécialise bien vite pour désigner un stratagème destiné à attraper des animaux. Glu, corde, ressort, boulette empoisonnée, il y a mille façons de « tendre » des pièges pour y prendre des bêtes naïves ou confiantes. Ainsi, se comprend l’expression « tomber dans le piège ».

Et ainsi, se comprend également la dérive de sens du mot. Un piège est donc un dispositif inventé, mis au point pour, dans un premier temps, allécher, attirer, appâter. Dîner, invitation, incitation…. On joue sur l’appétit de la victime… et au moment opportun, le piège « se referme » (là encore, on retrouve l’image d’origine, du renard -par exemple- qui se retrouve la patte prisonnière).

Et de façon moins tragique, on parle aussi parfois de « question piège ». Lorsqu’il s’agit d’une question posée de façon à vous aiguiller sur une fausse piste… « Sept et trois font onze, ou sept et trois font-t-onze ? »



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