INNOCENT

Par: Yvan Amar et Anne-Cécile Bras

« Innocents », c’est le titre d’un film qui sort aujourd’hui, titre apparemment sans histoire, lisse et souriant, peut-être moins « innocent » qu’il n’y paraît, si on l’examine de plus près.

Ne serait-ce que parce qu’il s’agit là d’un choix des distributeurs du film en France qui ne correspond pas au titre original du film « The Dreamers ».

Le sens général du mot est bien connu : est innocent celui qui n’est pas coupable… donc celui dont on pourrait imaginer, à tort, qu’il le soit : pas d’innocent possible s’il n’y a pas, si ténu soit-il, un parfum de culpabilité qui flotte quelque part : on n’est pas innocent de rien ! On est innocent d’un crime qu’on n’a pas commis… et bien souvent dont on vous accuse… L’innocent est donc le pendant du coupable.

Pourtant le mot est loin de n’avoir que ce seul sens, et ce n’est pas son sens d’origine.
L’innocent est étymologiquement celui qui ne nuit pas (nocere en latin signifie nuire, causer du tort…), et le mot s’apparente même à une racine qui signifie « mort violente »). Et le mot français, qui apparaît tôt dans la langue (XIème siècle) a d’abord un sens religieux qui se comprend en référence à l’Histoire Sainte : le massacre des Innocents est celui des nouveau-nés, ordonné par le roi Hérode auquel les Mages avaient prédit la naissance d’un roi des Juifs qui pourrait le détrôner.

Par extension, innocent au Moyen-âge, désigne souvent un jeune enfant (fête des Innocents…).
A partir de là, se développe le sens de celui qui est incapable de faire le mal. Non pas uniquement celui qui ne l’a pas fait, mais celui qui ne saurait y penser, qui ne l’imagine pas… Image qui renvoie à la fois à l’enfance et au Paradis terrestre, au monde d’Adam et Eve avant qu’ils eussent croqué la pomme.

L’innocence se rapproche donc de la naïveté, et le sens du mot évolue : de celui qui ne distingue pas le mal, on passera à celui qui n’est pas capable de le distinguer. L’innocent est le simple d’esprit, l’idiot du village… Le sens du mot balance donc entre la candeur et la sottise. Mais il garde une coloration qui n’est pas trop négative : un peu condescendant, un peu supérieur, certainement, mais pas méprisant ni vraiment injurieux. L’innocence est donc souvent assimilée à l’absence de mauvaises pensées, notamment en matière sexuelle : l’innocent, l’innocente bien souvent, n’a ni expérience, ni mauvais esprit…



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