TROP

Par: Yvan Amar et Anne-Cécile Bras

« Retrouve ta bande dessinée favorite avec des personnages trop sympa ». C’est un slogan – réel – pour une bande dessinée destinée aux enfants. Et cette phrase, en effet, imite un parler enfantin, une faute enfantine, en tout cas un usage encore considéré comme fautif, mais à la mode chez les jeunes et les très jeunes : on emploie « trop » pour « très », ou même « très très ». C’est une façon de faire résonner l’intensif, un genre de superlatif. Des personnages « trop » sympa sont des personnages vraiment extrêmement sympa, on pourrait même dire excessivement sympa : on retrouverait le même abus de sens, puisque excessivement veut dire à l’origine « à l’excès », donc trop. Mais, cet usage-là est plus ancien et pas spécialement à la mode aujourd’hui.

Au départ donc, trop indique seulement qu’on a passé la mesure, on a été au-delà de ce qu’il fallait : tout le monde sait ce qu’est un pantalon trop grand, ou trop cher, ou trop rouge… Alors qu’aujourd’hui, l’adverbe ne va plus signifier que très : Dérive expressive aisément compréhensible…

Mais, cet effet de mode succède à un autre : l’adverbe trop a été utilisé comme un adjectif, depuis les années 80, dans des tournures un peu particulières : « Ah celui-là : il est trop… » C’est-à-dire que ça correspond soit à une admiration, soit à une critique, tout en exprimant la surprise : « Avec ses chaussures violettes, ses chaussettes jaunes et son chapeau de travers, il est trop » Défi au bon goût. Et cet autre qui arrive en retard, et en plus rouspète, il est trop. Là, c’est plus critique.

L’usage nous vient de l’anglais, où la locution adverbiale too much a été utilisée dans le même sens. Et parfois, pour avoir l’air très dans le coup, j’ai entendu qu’on pouvait jumeler les deux langues : Celui-là, il est too much !
Est-ce du bon français ? Sûrement pas. Mais je l’ai entendu !



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