PRIMAIRE

Par: Yvan Amar et Anne-Cécile Bras

Les premières primaires, en préparation de la prochaine élection présidentielle, se tiennent aux Etats-Unis, dans l’état d’Iowa. Il s’agit d’une élection populaire, comme il s’en tient dans chaque état des Etats-Unis, pour désigner les « grands électeurs » qui, à leur tour, voteront pour élire le Président.

Ce mot de primaire, dans ce sens, traverse volontiers l’océan Atlantique pour intervenir dans le vocabulaire politique français. On appelle primaire, non pas de façon officielle, mais dans le jargon politique, une opération politique dont le but est de désigner un candidat. On tente donc de définir un candidat à la candidature, parfois lors de la tenue d’un congrès de parti politique. On verra quel est celui qui recueille le plus de suffrages des militants pour, ensuite, représenter le parti devant l’ensemble du corps électoral.

L’emploi de cet adjectif s’explique selon plusieurs raisons. D’abord, bien sûr, ce qui est primaire renvoie à ce qui est premier… Les deux mots sont de la même racine. Cela désigne donc souvent la première étape d’un processus, le premier degré d’un processus de déroulement. On peut aussi remarquer que cet adjectif a souvent le sens de préliminaire… non pas stade premier, mais presque stade zéro : ce qu’on fait en préparation d’un événement. Et ce sens s’explique, probablement, par une sorte de contamination du préfixe pré- qui n’a pourtant aucun rapport avec primaire. Une élection primaire est une pré-élection.

Mais revenons aux emplois de primaire. On en trouve un emploi très fréquent dans le lexique de l’école. On a appelé l’école primaire – en raccourci, le primaire – les premières années, tout ce qui précède les années de collège. Techniquement, on parle maintenant d’ailleurs, en France d’école élémentaire. Et cet emploi date de la Révolution française.
Mais la géologie nous parle aussi de l’ère primaire, qui ne date pas d’hier. Dans tous ces exemples, on voit que primaire aurait pu être remplacé par premier, ou première : avant l’ère secondaire, pourquoi pas l’ère première ?

Mais primaire a également développé un sens péjoratif du fait, paraît-il, de son association avec les premières années de l’Ecole. Est primaire ce qui est simple, trop simple, voire simpliste. Et si l’on dit de quelqu’un « il est un peu primaire », ce n’est pas très aimable. Ça veut dire « c’est une brute ! « Ou tout au moins, il ne réfléchit pas de façon sophistiquée. Il a par rapport aux événements une réaction immédiate, sans mise à distance, sans réelle réflexion.



Go à la page principale d'archives