ENVELOPPE

Par: Yvan Amar et Anne-Cécile Bras

Encore un homme politique qu’un juge soupçonne d’avoir reçu des enveloppes… Inutile de s’indigner trop fort et trop vertueusement… On a toujours connu ça… Mais quelle drôle de façon de dire les choses… Qu’est-ce que c’est que ces enveloppes ? On sait qu’au départ, on appelle enveloppe une sorte de poche faite d’un papier replié sur lui-même. Pour envoyer une lettre, généralement. Mais là, il s’agit bien d’enveloppes pleines de billets de banque, bien sûr. Et on est en face d’un euphémisme, d’un tour de passe passe linguistique mi-hypocrite, mi-malicieux…

Il a reçu une enveloppe… pense à ma petite enveloppe… On sait qu’il s’agit d’argent… et d’argent liquide : pas de chèque, pas de trace… de l’argent qui n’ait ni odeur, ni signature… Donc, de l’argent qui passe d’une main à l’autre, mais en secret. Ce qui renvoie à des idées de caisses noires, c’est-à-dire de comptabilité cachée, secrète, qui échappe au contrôle et au livre de compte officiel. En effet, cela renvoie à une pratique tout à fait concrète : si on veut donner de l’argent à quelqu’un de la main à la main… on glissera l’argent dans une enveloppe… Plus pratique, et surtout plus discret que la liasse, elle-même.

Et, c’est à partir de cette pratique (Oh ! je ne dis pas qu’elle soit générale…) que ce mot d’enveloppe a fréquemment été associé à l’argent. Mais, dans des contextes beaucoup plus légaux : on parle ainsi d’enveloppe budgétaire pour désigner simplement le montant d’un budget. Mais, revenons à notre idée d’enveloppe indûment palpée… Il existe plusieurs mots en français pour exprimer cette idée… Des mots aux allures savantes (ils dérivent du latin, sans grande modification) mais dont, en fait, le sens n’est pas toujours très précis, ni très technique.

Le mot corruption est le plus répandu. Il vient du verbe corrompre, qui signifie d’abord détruire, puis séduire, débaucher… une femme ; et le mot ne s’applique qu’aux hommes, aux vils corrupteurs … Enfin, il s’applique aux agents de l’Etat (ou même du service privé) qui vont agir dans l’intérêt de ceux qui leur donnent secrètement de l’argent (Et, on dira alors aussi bien qu’ils se sont laissés acheter, ou qu’ils sont vendus…).
La prévarication est-elle bien plus précise ? Pas forcément, mais le mot est amusant… Sans qu’on puisse spontanément s’en douter, il est de la même famille que le mot « varice ». En fait, le verbe varico en latin signifie « écarter les jambes en marchant, marcher mal à l’aise… ». Et le verbe praevarico a signifié, à propos d’un laboureur, s’éloigner de la ligne droite, faire valser le sillon… On imagine aisément comment le mot a pu prendre un sens péjoratif : le prévaricateur est mot à mot celui qui s’éloigne du droit chemin. Et après que le Moyen-âge l’eût employé pour désigner les pêcheurs (au sens religieux), il s’est spécialisé pour renvoyer à celui qui monnaye sa fonction, en particulier son pouvoir, qui accorde tel marché à telle entreprise moyennant une petite commission – une gratification dit-on parfois.

Quant au mot concussion, d’usage moins répandu, on considère souvent qu’il est un équivalent de « prévarication ». Pourtant, au départ, il renvoyait plutôt à cette pratique de la loi du plus fort : l’extorsion de fonds par la soldatesque occupante ou par une police peu scrupuleuse…



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