CHINE

Par: Yvan Amar et Anne-Cécile Bras

Visite d’Etat du Président chinois, année de la Chine en France, défilé du Nouvel an sur les Champs-Elysées… On en parle, en ce moment, de la Chine. Mais, d’où vient le mot ? … C’est une autre paire de manches…
Ce qu’on sait, en tout cas, c’est que ce n’est pas un mot chinois. Mais, son origine se perd un peu dans la nuit des temps car ce radical, on le connaît depuis fort longtemps. Cette racine semble être d’origine indienne. Sa première apparition semble pouvoir être datée du IIIème siècle avant notre ère : c’est comme ça qu’était nommé, par les Indiens, le royaume unifié par la dynastie des T’sin. Les géographes grecs parleront ensuite de « Sinai »… Marco Polo -au XIIIème siècle- parle, lui, de Cathay, mot qui dérive probablement de la même veine. Et les mots Chine et chinois se stabilisent en moyen français.

En tout cas, les habitants du pays, eux-mêmes, n’ont jamais eu recours à cette famille de mots : Chung Kuo, Tchong Ha… ; ne nous hasardons pas trop dans des prononciations qu’on maîtrise mal… mais ça veut, en général, dire le jardin du milieu ou l’Empire du milieu. Les Chinois, comme presque tous les peuples, ont ordonné la représentation du monde autour d’eux. A la semblance de l’univers pascalien, l’ethnocentrisme est partout.

L’adjectif « chinois » a pris un certain nombre de sens figurés en français, souvent péjoratifs, il faut bien le dire… mais cette dérive est très fréquente pour les pays lointains qui représentent l’inconnu ; l’autre, parfois le danger : la méfiance de l’étranger s’inscrit presque toujours dans le langage.
Et la Chine, étant fort loin de ce qu’on appelle l’Occident, mais constituant en même temps une civilisation organisée et incontestable (contrairement à l’Amérique par exemple, continent découvert mais considéré comme à coloniser, à exploiter et à christianiser, un point c’est tout), elle a d’abord servi à exprimer l’inconnu et l’incompréhensible. A commencer par sa langue, dont la structure et l’écriture sont si différentes des langues européennes. De là l’expression « C’est du chinois » c’est-à-dire « on n’y comprend rien ». Non pas pour parler d’un texte chinois, mais pour parler de quelque chose d’incompréhensible. Et, en général, incompréhensible parce que compliqué. « L’informatique, pour moi, c’est du chinois ! » Comme on le voit, il ne s’agit même pas forcément de langue.

Le chinois est donc associé à une complication extrême et parfois à une recherche de complication inutile : « chinoiser », c’est chercher la petite bête, être trop pointilleux, ergoter…

Et le chinois est enfin parfois associé à l’excès de raffinement : un supplice chinois.



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