PROLETAIRE

Par: Yvan Amar et Anne-Cécile Bras

« Le prolétaire bourgeois » ! C’est le nom d’une pièce de théâtre de Paul Schippel qui se donne actuellement en France (à Nice, à Abbeville…), montée par Carl Sternheim.

Ce titre est évidemment un peu provocateur dans la mesure où il joue sur l’opposition des deux termes : en général, on oppose prolétaire à bourgeois : on est l’un ou l’autre, mais pas les deux en même temps ! Il s’agit, en effet, de deux catégories sociales différentes, deux classes sociales dirait-on, si l’on reprenait un vocabulaire marxisant. Et, en fait, c’est beaucoup la pensée marxiste, et le vocabulaire des luttes sociales des dix-neuvième et vingtième siècles qui a employé ce couple de mots… notamment le mot prolétaire.

Ce mot, pourtant, n’est pas moderne. Mais, son usage actuel est sensiblement différent de son sens étymologique. Il désigne, en gros, ceux qui sans la société moderne sont en bas de l’échelle sociale, qui n’ont ni biens, ni pouvoir, ni réelle indépendance, et qui vivent de la force de travail qu’ils louent à leur employeur – les ouvriers, de l’industrie surtout, mais aussi de l’agriculture, et les employés sans qualification.

Le sens d’origine fait apparaître une image qui a disparu de l’usage actuel : le proletarius latin est celui qui ne laissera comme biens que ses propres enfants.

En français, le mot se répand dans la pensée politique essentiellement à partir de Rousseau. Mais, c’est surtout à partir de la révolution industrielle qu’on va l’employer pour désigner le travailleur manuel, exploité par son patron, par celui qui possède les moyens de production. Le célèbre slogan de Max et Engels « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! » fera beaucoup pour populariser le mot. Pratiquement jamais péjoratif, il représente une sorte de fierté sociale du déshérité de la société moderne, fierté liée à la conscience de ce qu’il est : le mot correspond, en effet, à une théorisation des rapports sociaux qui oppose des classes en lutte. Vers la fin du XIXème et, surtout, à partir des luttes ouvrières des années 30, il s’abrège familièrement en prolo, ce qui explique l’erreur populaire « prolotaire »… Et de façon plus moderne, on entend comme nom et comme adjectif « prol » (C’est des prols ; Je suis d’origine prol...)
Alors que le nom prolétariat et l’adjectif prolétarien restent dans un usage plus spécialisé.



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