DECOUVERTE

Par: Yvan Amar et Anne-Cécile Bras

L’Acadie découverte, il y a 400 ans, par Champlain ? La date n’est pas si exacte que ça. Mais il y a quatre siècles, Champlain s’embarquait pour aller découvrir, cette Acadie. Découvrir ? Reconnaître ? Explorer ? Ce n’est pas exactement la même chose… Mais ce qui nous intéresse, c’est que ce nom découverte, ce verbe découvrir sont utilisés quand on parle de voyageurs, notamment de navigateurs qui abordent des terres qu’ils ne connaissent pas.

Au sens géographique, le mot commence à se rencontrer vers 1600, c’est-à-dire un siècle après les voyages de Christophe Colomb, mais sensiblement à l'époque de ceux de Champlain. Ce n’est que plus tard qu’on parlera des « Grandes Découvertes » pour ramasser sous un même vocable toute l’extension de l’horizon géographique européen. Et l’histoire occidentale, dans sa représentation des temps modernes naissants, met souvent en parallèle deux termes : découvertes et inventions.

Les inventions renvoient à des créations d’objets nouveaux (imprimerie, armes à feu, instruments de navigation, etc.). C’est une technologie à l’œuvre, qui s’adosse à des avancées scientifiques.

Alors que le mot découverte, de façon apparemment plus modeste, fait état de ce que ce qui est découvert, existait déjà avant qu’on se fût avisé de son existence. Ça vaut pour la géographie, bien sûr : on s’aventure dans des espaces, où les Européens n’allaient pas auparavant. On traverse l’Atlantique, par exemple, et on découvre qu’il y a quelque chose de l’autre côté. Et on trouve un écho de cet emploi dans l’expression, encore tout à fait actuelle « aller à la découverte ». Et l’expression correspond souvent à une idée d’initiation : à la découverte de la peinture moderne… etc. Mais ça vaut aussi pour les sciences physiques : on découvre des lois de la nature, qui existaient déjà avant qu’elles ne fussent thématisées : loi de la pesanteur, de l’accélération de la chute des corps, etc.

La découverte correspond donc à une prise de conscience d’une réalité : ça existait bien avant, mais on n’en savait rien !

Alors, pourquoi ai-je l’air de considérer d’un air méfiant cette « modestie » de l’expression, qui prend acte d’un progrès dans la connaissance ? Parce que l’idéologie de la « découverte de l’Amérique » par exemple, souligne bien une certaine mentalité coloniale et supérieure. L’Histoire occidentale fait naître l’Amérique, au moment de sa découverte. On sait peu de choses de son histoire antérieure au XVIème siècle… c’est un peu comme si elle n’avait pas existé !… et que les civilisations précolombiennes ne représentaient que des images pittoresques. En tout cas, on ne dira pas qu’en 1492, les Arawaks découvrent les Caravelles de Colomb, ni que le XVIème siècle est celui de la découverte par les Indiens des envahisseurs européens.



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