TAG, GRAPHE, GRAFFITI

Par: Yvan Amar et Anne-Cécile Bras

La SNCF vient de porter plainte contre trois revues coupables (selon l’administration ferroviaire…) d’avoir publié des photos de voitures taguées. Et cette publication serait incitative de ces pratiques interdites. Comment s’appellent ces magazines ? « Graff it », « Graff bombz » et « Mix Grill ». Laissons de côté ce charmant « Mix Grill » et considérons les deux premières publications : elles font état d’un radical bien différent de celui de tag : c’est graff-. Alors quel état des lieux peut-on faire ?

On a trois mots et trois pratiques un peu différentes : graffiti, graphe (ou graff…) et tag.

Graffiti est d’abord un mot assez savant, employé en archéologie, pour désigner les inscriptions ou dessins faits sur des murailles de cités antiques, retrouvées, conservées, étudiées par les archéologues. On parle ainsi des graffitis de Pompéi. Le mot dérive de graphium, qui signifie stylet en latin, instrument à l’aide duquel on peut graver sur un mur.

Ce mot, qui atteste une origine italienne, a été utilisé à propos de pratiques modernes : un graffiti est une inscription faite sur un mur, donc un endroit où tous les passants pourront le lire. On a donc l’idée d’une inscription faite clandestinement, sur une surface où il est, en principe, interdit d'écrire. Jaillissement d’une expression spontanée, expression d’une sensibilité populaire qui émane d’un non professionnel de l’écriture… telles sont les images que portent les graffitis. Cf. les célèbres graffitis de mai 68 : « Les oreilles ont des murs », « Cours camarade », « le Vieux-Monde est derrière toi », etc… ou plus ancien, le « Morts pour la France » inscrits en face du nom des otages fusillés par les Allemands et placardés sur « l’Affiche rouge ». Des graffitis comme ça… on en voit encore, mais ce n’est pas ce qui est en cause dans l’affaire de la SNCF.

Il s’agit là de graphes (de graffes ?) dessins, fresques murales exécutées à la bombe à peinture le plus souvent de nuit, et là encore sur des surfaces interdites, et le plus souvent difficiles à atteindre. Et il y a dans ces pratiques illicites une excitation du fait qu’on brave l’interdit, et aussi une émulation entre bandes de graffeurs. Ce sont des genres de concours de fresques auxquels ils se livrent, avec cette expression artistique particulière. Et on est très loin du graffiti, dans la mesure où il ne s’agit nullement de phrases, de slogans, de mots…

Et les tags alors… Il semble que ces inscriptions-là tiennent le milieu entre graffes et graffitis. Ça ressemble à de l’écriture, mais ce n’est pas de l’écriture… Fausses lettres qui ne veulent rien dire, les tags sont des genres de signatures cabalistiques, dont le dessin est fait d’un seul geste, et là encore, sur un mur qui aurait dû rester vierge de toute inscription. Esthétique, rapidité d’exécution sont encore les critères qui comptent pour les tagueurs qui, là, aussi se situent dans une sorte de joute souterraine.

D’où vient le mot ? C’est le même en anglais, qui signifie d’abord étiquette, parfois plaque d’identité, et qui a dérivé vers le sens d’inscription. Et une petite curiosité en français, dans la mesure où le mot est productif de dérivé, encore anglicisés plus ou moins, mais avec des variantes : tager, tagger ou taguer… Les trois se trouvent.


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