GENOCIDE

Par: Yvan Amar et Anne-Cécile Bras

Dix ans après, il est normal, légitime de parler, de reparler du Rwanda. Il y a, donc, un mot que l’on entend beaucoup, en ce moment : génocide. Et même s’il peut sembler un peu vain de se demander si l’emploi de ce mot est légitime ou pas, même si cette préoccupation est dérisoire, en regard de la gravité de la réalité que le mot désigne, on peut quand même le décrire et l’interroger.

Le mot a, en effet, été employé à propos des massacres des populations tutsi qui se sont déroulés au Rwanda, en 1994. Et le mot, hélas, convient, pour nommer ces massacres organisés, encadrés, encouragés, plus ou moins programmés, et systématiques de populations civiles, dans le but plus ou moins explicite de supprimer complètement une population.

Le mot apparaît après la Seconde Guerre mondiale, à propos des politiques d’extermination des nazis, ce qu’eux-mêmes nommaient « solution finale ». C’est surtout à propos des juifs que le mot a été employé. Mais, il s’applique tout autant aux populations tziganes que le pouvoir nazi voulait détruire. Le mot s’explique aisément lorsqu’on le décompose, malgré son aspect composite. En effet, il est formé de deux radicaux, dont l’un est latin et l’autre grec. En effet, il existait déjà des mots tels que parricide, régicide, infanticide, homicide, déicide…, tous de formation latine –cide. Cidium, c’est le meurtre, et le mot est formé sur caeder, frapper, tuer. Genos, par contre, est grec et signifie peuple.
Le génocide est donc le meurtre d’un peuple, pratique qui existait bien avant 1944 (première attestation), mais qui n’a pas l’air de s’éteindre. Vers 1970, apparaît le mot ethnocide, de sens aujourd’hui à peu près semblable, mais qui insistait à l’origine, davantage sur l’extinction d’une culture qui accompagne l’extinction d’un peuple. L’ethnologue Robert Jaulin, s’il n’a pas créé le terme, l’a popularisé à la parution de son ouvrage « La Paix Blanche – Introduction à l’ethnocide » qui analysait le sort de populations indiennes d’Amérique latine.

L’extermination des juifs pendant la Deuxième guerre est souvent dénommée par deux termes spécifiques : l’Holocauste et la Shoah.
Le premier est fréquemment contesté, en raison de son écho religieux ou moralisateur. C’est, en effet, un mot qui signifie plutôt sacrifice. Et un sacrifice s’inscrit dans le cadre d’un hommage à un Dieu cruel, à qui on doit payer ce tribut sanglant, pour rester son élu. L’holocauste est donc un acte conforme à la tradition religieuse, aux devoirs que le sacrificateur (et le sacrifié) doivent rendre à leur créateur… présupposé qui place la barbarie nazie sous un jour particulièrement faussé.
Et on utilise parfois aussi le mot hébreu Shoah.



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