POT-DE-VIN

Par: Yvan Amar et Anne-Cécile Bras

Vingt-quatre syndics de copropriété et des dirigeants ainsi que des employés d’une société de l’Essonne sont aujourd’hui (mardi 27) jugés dans une affaire de « pots-de-vin ». La justice présume que la société, en question, aurait été favorisée par les syndics, que des travaux auraient été surfacturés, c’est-à-dire qu’on les aurait fait payer trop cher, et qu’une partie de cet argent indûment touché aurait bénéficié aux syndics. Attention, tout ça n’est pour l’instant que de la présomption et la justice tranchera. Mais, ça nous permet de nous intéresser au mot « pot-de-vin » qui signifie argent touché secrètement et illégalement, en échange d’une faveur reçue, d’une préférence accordée en vue d’une rémunération. C’est tout le principe de la corruption.

Pas besoin d’aller chercher loin pour comprendre l’origine du mot « pot-de-vin ». Le pot est ce récipient, le plus souvent en étain, dans lequel on sert du vin ou de la bière. L’expression apparaît vers le début du XVIème siècle, mais avec un usage bien plus innocent qu’aujourd’hui : un « pot-de-vin », ce n’est au départ qu’un pourboire. Et l’image est exactement la même : il s’agit d’un petit sou qu’on donne en plus, par amitié, pour prix d’un service rendu. « Allez mon vieux, vous irez boire un coup à ma santé ! »

Mais voilà, le sens a dévié. Le vocabulaire de la corruption recourt d’ailleurs à des images diverses…
On peut arroser…, en particulier, s’il s’agit d’arroser des fonctionnaires pour qu’ils ferment les yeux, qu’ils laissent faire…
On parle aussi de « graisser la patte »… pour dire remplir la main… La patte, comme image indirecte de la main crochue, qui ramasse… La graisse qui est souvent associée à l’idée d’argent, de profit, et par extension de profit illicite. Et, de façon générale, on dit de ceux qui ont profité de ces libéralités qu’ils ont « touché » sans plus de précision.

En est-il de même du « dessous-de-table » ? L’expression, d’entrée de jeu, a un côté sournois, pas très franche du collier. Mais si elle désigne bien une somme d’argent à laquelle on fait subir un mouvement secret, le sens est différent : il s’agit d’une somme officieuse versée par l’acheteur au vendeur, qui vient s’ajouter à la somme officiellement déclarée. Et ça s’emploie notamment en matière de transactions immobilières, quand on doit passer par un notaire, qui enregistre l’acte et se porte garant de son bon déroulement. La somme officieuse n’est pas comptabilisée par le fisc, donc pas taxée : on se la passe « sous la table ».



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