HYDROGRAPHIE

Par: Yvan Amar et Anne-Cécile Bras

Le fleuve Niger fait couler de l’encre. Et de la salive. Et de l’eau. On s’intéresse, en tout cas, en ce moment à son avenir, à son exploitation, à sa préservation, au bien-être qu’il peut apporter aux plus de cent millions d’humains qui vivent à ses bords. Et tout ça vient de donner une très sérieuse conférence parisienne sur l’hydrographie du bassin du Niger.

Hydrographie ! En voilà donc un mot savant, fait sur graphein, écrire, tracer, dessiner en grec ; et hydro, préfixe sur lequel on peut s’arrêter, et qui signifie eau, en grec également.

« Hydro » est très productif en français. On le trouve dans des mots relativement courants, et dans d’autres, plus scientifiques et spécialisés.
Hydrater est, par exemple, un verbe bien connu, comme le participe hydraté, son contraire déshydraté et les substantifs hydratation/déshydratation. Ces mots s’emploient, en général, à propos d’organismes vivants, et désigne la teneur en eau de ces organismes, et le fait que l’eau a été absorbée, par le tissu vivant, et qu’il s’y est combiné. Un verre d’eau peut hydrater… mais on parle aussi de crèmes hydratantes pour la peau… Les mots qui utilisent ce suffixe se trouvent dans des domaines assez divers. La médecine, on vient de le voir.
Et on peut noter aussi des mots qui désignent des maladies (hydrocéphalie), des accidents (hydrocution, mot-valise formé à partir d’électrocution), sans parler de l’hydrophobe, qui appartient a priori au vocabulaire psychologique (phobie de l’eau) mais qui a été plaisamment employé, surtout au début du XXème siècle, pour désigner un alcoolique, qu’une goutte d’eau ferait fuir !

Les sciences et les techniques ont également beaucoup utilisé ce préfixe. On parlait, il y a un instant, de l’hydrographie… la géographie des fleuves. Plus d’ailleurs que celle des mers, liquides aussi mais qu’on désigne plus volontiers par océanographie.
On a évidemment la chimie, à commencer par l’hydrogène, le plus léger et le plus simple des atomes. Et les hydrocarbures, qui désignent les matières formées essentiellement d’une combinaison d’hydrogène et de carbone et qui, dans le vocabulaire technique et industriel, renvoie au pétrole et aux dérivés pétroliers.
Hydraulique s’emploie pour des mécanismes qui déploient de l’énergie (ascenseur hydraulique, vérin hydraulique). Et hydroélectrique pour l’énergie produite par l’utilisation de l’eau (barrages, etc).

N’oublions pas l’hydre pour terminer, ce monstre mythique, serpent de mer dont le plus connu était l’hydre de Lerne, monstre à sept têtes, qu’il fallait couper d’un seul coup d’un seul, si l’on voulait éviter que plusieurs ne repoussassent à la place d’une coupée. Et le mot est encore en usage, de façon figurée pour désigner un danger qui fait peur, et qui est toujours susceptible de renaître, même quand on le croit éradiqué.



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