PLUS VITE, PLUS VITE !

Par: Yvan Amar et Anne-Cécile Bras

Allons, allons, dépêchons, dépêchons… !
L’action d’aller vite., tout au moins d’aller plus vite que son allure naturelle s’exprime, bizarrement presque toujours par des métaphores, des glissements de sens, des images.
Se hâter est probablement le mot le plus ancien encore utilisé. Très subjectivement, on peut penser qu’il évoque la lenteur, avec son « â » long et traînant… Mais l’origine du mot suggère la violence : haist, c’est la dispute, en ancien gothique… Il s’agirait donc de se faire violence pour forcer l’allure.

On a un parcours un peu symétrique pour aboutir à « se presser ». Presser veut dire au départ oppresser, accabler, tourmenter, puis comprimer, notamment pour un fruit dont on extrait le jus. Et se presser a d’abord voulu dire arriver en foule (la presse désignant la foule), et par extension, jouer des coudes, vouloir aller plus vite que son voisin… glissement de sens assez étrange car le mouvement d’une foule est en général assez lent. Et dès le 14ème on trouve ce verbe associé à des sujets abstraits : le temps presse = le temps nous bouscule.

Dépêcher a une évolution tout aussi surprenante : c’est le contraire d’empêcher. C’est donc rendre libre, affranchir. Dépêcher une missive, une lettre, c’est donc la rendre libre (de là le mot dépêche…). Par extension, dépêcher quelqu’un c’est s’en débarrasser… expédier comme on dirait aujourd’hui, en tout cas en finir rapidement… Et donc, se dépêcher… à la forme pronominale… on comprend le sens…
Autre verbe pronominal, se grouiller… Et là, on est dans le familier. Le premier sens du mot est « se remuer ». Et la première expression argotique pour dire se dépêcher donne une image assez pittoresque : se dégrouiller et même se dégrouiller la tomate… Mais grouiller a comme premier sens (et encore maintenant) l’idée que ça fourmille, qu’il y en a partout… Mouvement continu et apparition multiple… de l’idée qu’il en sort de partout, on passe à l’idée que ça bouge. Et donc, si on transforme le verbe à la forme pronominale… se grouiller, c’est se bouger.

Quant à se magner, c’est une expression sentie comme non seulement familière mais argotique et plus vulgaire. Le verbe est issu de manier, c’est à dire bouger avec les mains. Et il semble que le verbe soit entré dans le vocabulaire de la marine : manier un bateau, le diriger, le faire se mouvoir. C’est semble-t-il pendant la Première guerre mondiale que le verbe glisse vers l’argot, avec une première image, magne-toi la fraise (et non plus la tomate…), pour dire dépêche-toi… puis magne-toi le train, et enfin le démocratique « Magne-toi ! »


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