RECIDIVISTE

Par: Yvan Amar et Anne-Cécile Bras

Récidiviste : le mot qu’on prononce en ce moment, le mot qui fait peur, le mot qui fait froncer les sourcils… En effet plusieurs des criminels sexuels récemment arrêtés, découverts ou jugés étaient des récidivistes, voire des multirécidivistes. Le sens est clair, et il est bien souligné par la composition du mot et notamment par le préfixe re- qui signale un recommencement, une deuxième fois… La récidive c’est ce qui se produit de nouveau. Et la multirécidive, ce qui se reproduit de nombreuses fois. Et toujours dans le cas où la chose qui se reproduit est négative, regrettable. Mais dans les exemples où apparaît le mot en ce moment, il a un sens bien précis. Le criminel récidiviste n’est pas seulement celui qui commis plusieurs crimes, qui a recommencé sa mauvaise action : c’est celui qui a recommencé après avoir été une première fois condamné. Ainsi si la police identifie un dangereux assassin qui n’a jamais été inquiété précédemment, et dont le casier judiciaire est vierge, ce n’est pas un récidiviste. Même s’il a tué dix personnes. De la même façon et pour les mêmes motifs. Le récidiviste n’est donc pas le criminel en série. C’est celui à qui la sanction judiciaire n’a pas servi de coup d’arrêt : il a été reconnu coupable, confondu, puni… Et ensuite, il recommence. Et il recommence la même chose. C’est pourquoi un escroc par exemple, qui paye sa dette à la société et se reconvertit ensuite en pilleur de banque ne sera pas appelé un récidiviste : il a changé de crime et de méthode ; il n’a pas récidivé.

Le mot de récidive est d’abord apparu dans un contexte médical, où d’ailleurs on l’emploie toujours.
Il semble que ce soit le grand médecin Ambroise Paré qui l’ait introduit au 16ème siècle, en parlant d’une maladie apparemment guérie… et qui se re-manifeste. Il ne s’agit donc pas du développement d’un mal, qui après une pause, une rémission reprend sa course, mais d’une maladie qui recommence, alors qu’on pensait que le malade en était quitte avec elle.

Et dans les deux série d’emplois, on voit bien le caractère du mot : la récidive a toujours quelque chose d’inacceptable, de scandaleux, d’imprévu, ou en tout cas qu’on voulait ne pas prévoir… Et elle semble toujours être la marque d’un échec : celle du traitement médical ou de la sanction judiciaire. C’est bien le contraire d’un éternel retour, d’un recommencement cyclique et naturel : le printemps ne récidive pas tous les ans en sa verte jouvence, ni l’hiver.


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