GRÂCE

Par: Yvan Amar et Anne-Cécile bras

14 juillet… Fête nationale, mais aussi jour des grâces présidentielles… Et elles sont semble-t-il nombreuses cette année, ce qui s’explique tant par la miséricorde de notre Président que par l’engorgement des prisons françaises. En effet, un certain nombre de délinquants qui sont actuellement en prison (en général pour une courte durée), verront les portes s’ouvrir.
Drôle de disposition juridique que ces grâces : le condamné ne purgera pas sa peine car le président a le pouvoir de la suspendre, ou de la commuer, c’est à dire de faire qu’elle se transforme en une autre peine plus douce. Il ne s’agit nullement d’annuler le verdict d’un tribunal, ni de le corriger : le prévenu reste condamné, mais il est dispensé d’une partie de sa peine.

Ce pouvoir discrétionnaire a un côté « bon plaisir » qui rappelle de loin l’ordre monarchique, mais qui en même temps instille un peu d’occulte dans une constitution assez peu baignée de fantaisie.

Le mot grâce a en premier lieu en français un sens religieux. La grâce c’est d’abord la grâce de Dieu. C’est à dire la faveur de Dieu, l’aide de Dieu. Etre en état de grâce est donc mot à mot être en état de faveur, c’est–à-dire dans cet état susceptible de vous mener au salut, à sauver votre âme.

Le mot a bien vite quitté le seul domaine religieux pour prendre le sens plus commun de faveur, service rendu… Mais toujours avec cette idée que la grâce n’est pas un service qu’on rend en fonction du mérite. Il y a un côté arbitraire là-dedans, qui échappe à la logique. Faire une grâce, c’est un peu comme faire une fleur… Ce qui a ses bons et ses mauvais côtés… On parlait tout à l’heure de pouvoir absolu… la monarchie louis-quatorzienne par exemple et la Cour du roi en particulier fonctionnait largement sur un système de grâce… on était dans les grâces du roi… jusqu’à ce la disgrâce leur succède… Encore aujourd’hui, l’expression être dans le bonnes grâces de quelqu’un (dans les petits papiers) signifie qu’il vous a à la bonne, qu’il vous traitera bien.

Et c’est ce sens là qui fait comprendre comment le mot a pu devenir une préposition : grâce à, qui signifie à cause de, mais toujours dans un sens positif : grâce au vent qui s’est levé, ils ont pu revenir à la voile.

Mais revenons donc au christianisme : il a imaginé un rapport de l’homme à son créateur qui n’est pas à sens unique : si Dieu peut aider l’homme, l’homme peut le remercier, lui rendre grâce – non pas vraiment lui rendre ce que Dieu lui a accordé, ce serait d’un orgueil incommensurable, mais lui rendre ce qu’il peut, à sa mesure, par l’action de grâces, la prière de gratitude.

Enfin comment expliquer le dernier sens du mot grâce : le charme, la beauté… ? C’est d’abord en français la réactivation d’un sens qui existait déjà dans le latin gratia. Mais l’adjectif gracieux, au départ, qui cherche à s’attirer une grâce, à mériter une grâce par un comportement charmant, a peut-être joué sur le sens du verbe.


Go à la page principale d'archives