CONSOLE

Par: Yvan Amar et Anne-Cécile Bras

Mot banal en apparence et sur lequel il n’y aurait que peu à dire… C’est mal connaître notre goût de la glose, et la nouvelle console de jeux, commercialisée au Japon, montre bien que le mot fait partie du vocabulaire de base des adolescents de ce millénaire. Une console ? C’est-à-dire un petit tableau sur lequel sont disposés des boutons permettant d’agir sur différentes fonctions. En fait, la console est un tableau de commandes.

Et le premier emploi de ce mot dans ce sens vient du vocabulaire de l’organologie (ie de la construction des instruments de musique). La console est la partie d’un orgue, placée devant le buffet, qui comprend le clavier, les registres et le pédalier, donc tout ce qui permet d’agir sur le mécanisme. Par analogie, on appelle consoles certains tableaux de bord compliqués ; consoles de mixage de son ou d’image, console de la cabine de pilotage d’un avion.

Dans ces cas-là, pupitre semble être un synonyme tout à fait acceptable. Mais pupitre s’emploie dans d’autres contextes : pupitre d’écolier (bureau incliné). Et plusieurs sens en musique : le pupitre est le lutrin sur lequel on pose sa partition. Etre au pupitre = diriger, en tant que chef d’orchestre. Et les pupitres sont aussi les sections d’instruments : pupitre de trompette, de saxophone, etc.

De même en informatique, on peut parler de console, ou de pupitre, pour désigner « le périphérique (écran et clavier) servant au dialogue entre l’homme et la machine » (Petit Robert). Alors que l’expression « tableau de bord », utilisé pour les voitures (et les véhicules, en général) semble faire davantage référence à des voyants, des indicateurs, des aiguilles (et autres tachymètres) qu’à des commandes ou des manettes proprement dites.

Mais d’où vient donc ce mot de console ? Du vocabulaire de l’architecture. Une console est une structure en forme de S qui, le plus souvent, soutient une plate-forme en saillie : un balcon, une fenêtre avancée. Mais la console était, avant cela, une table, enfin, presque une demi-table : un plateau soutenu par deux pieds seulement, mais dont l’autre bord vient se caler contre un mur. Alors pourquoi l’appeler console ? Peut-être (mais peut-être seulement) parce que le mot renverrait à une habitude de l’architecture d’église : une figure d’homme soutenait les corniches auxquelles on pouvait s’accouder dans les stalles d’église, si l’on n’avait pas trouvé de chaise. Et cette figure secourable vous consolait donc d’être debout, et aurait ainsi reçu ce sobriquet de consolateur, abrégé en console. Le même meuble s’appelait d’ailleurs miséricorde. Tout le monde s’est-il mis d’accord sur cette étymologie ? Non. Et certains voient dans console l’influence du verbe consolider (mais l’un exclurait-il l’autre ? Certes non).


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