EXIL

Par: Yvan Amar et Anne-Cécile Bras

« Exils » est le titre du dernier film de Tony Gatlif, sorti la semaine dernière sur les écrans français. Titre au pluriel, qui évoque d’ailleurs des parcours divers, don t le principal s’oriente du Nord au Sud, de France en Algérie et s’inscrit à contre-courant des flux migratoires.
Mais pourquoi « exil »… Et quel est le premier sens du mot ?

L’ « exil » est à proprement parler une condamnation qui frappe quelqu’un en l’obligeant à quitter sa patrie, avec interdiction d’y revenir. Mais, bien souvent, cet exil est le fruit d’une action volontaire, décidée par l’ « exilé » lui-même. Certainement pas de gaieté de cœur : on ne s’exile que contraint et forcé, en général, pour des raisons politiques, lorsque vos opinions, ou votre action politique font craindre des représailles de la part d’un pouvoir en place qui ne les supporte pas. (Mais, l’ « exil » peut être aussi par exemple, la conséquence d’une politique d’intolérance religieuse ou ethnique…)

En tout cas, le mot évoque toujours une situation subie, attristante, regrettable… Celui qui quitte son pays sans se retourner pour partir à la conquête d’un autre, plein d’espoir et d’énergie, n’est pas un « exilé ».
D’autre part, l’ « exil » s’entend sans retour périodique : de l’immigré qui revient dans son pays pendant les vacances, on ne dira pas qu’il est « exilé », quelle que soit la dureté de sa condition. (Sauf, bien sûr, si l’on emploie le mot « exil » au figuré, pour accentuer l’idée de coupure avec les racines, les parents, les amis, la mémoire…)

Mais, revenons une dernière fois sur cette idée de départ volontaire, dont la décision appartient à celui qui la prend (même si c’est la seule issue possible…) Le verbe « s’exiler » existe en effet. Ce qui n’est pas le cas pour les autres mots qui évoquent une situation un peu semblable : La « proscription » est toujours une condamnation. On ne peut pas dire que quelqu’un s’est « proscrit ». Ni qu’il s’est déporté ou banni.



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