CARNAGE

Par: Yvan Amar et Anne-Cécile Bras

Le mot s’est, hélas, beaucoup, entendu et beaucoup lu ces derniers jours. Comme si c’était un mot horrible, superlatif, destiné à exprimer l’horreur superlative. Et le mot évoque deux choses : l’ « assassinat » en grand nombre (la plupart du temps). Et la fureur de tuer, ou la folie de tuer… qui se manifeste par une sorte de désordre de l’horreur. Et par l’ « horreur » montrée… sang, blessure, mutilation, corps qu’on ne reconnaît plus pour ce qu’ils sont, ou ce qu’ils étaient. L’extrême violence dissout l’identité des corps. Et l’horreur vient de ce qu’on ne voit plus un corps, ou des corps, même souffrants : on ne voit plus que de la chair… ce qui nous fait retrouver l’étymologie du mot, encore sensible sous la prononciation.
On peut remarquer, d’ailleurs, que ce sens actuel et terrible n’est nullement le sens d’origine. « Prendre carnage », au Moyen âge signifiait s’incarner. Puis, le mot a désigné les périodes où la religion catholique autorisait qu’on mangeât de la viande (hors carême et hors vendredi… ou l’on mangeait « maigre »).

Le sens actuel a quelques synonymes.
« Massacre ». « Massacrer » signifie, au départ, « tuer avec acharnement »… Et le mot est, d’ailleurs, de la même famille que massue. Le sens de « tuer en grand nombre » s’impose progressivement. (Cf. le massacre des Innocents : non seulement scène de l’Histoire sainte, mais souvent titre de tableau). Et au sens figuré, depuis longtemps déjà, « massacre » signifie travail très mal fait, bousillé. Un « massacre » désignait, d’ailleurs, un mauvais ouvrier, comme en témoigne un exemple du Petit Larousse 1905.
« Tuerie » retrouve à peu près les mêmes usages. A ceci près que le mot a également désigné un abattoir pour bovins.
Ce qui permet de comprendre comment le mot « boucherie », au sens figuré uniquement, peut lui aussi s’employer plus ou moins à la place de massacre, de tuerie, ou de carnage.



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