RANÇON

Par: Yvan Amar et Anne-Cécile Bras

En plus de l’inquiétude et de l’attente, l’affaire des otages enlevés en Irak fait tourbillonner une série de mots sur lesquels on s’interroge peu, en général… L’un des derniers à virevolter sinistrement autour de la tête de nos deux confrères est « rançon »…

Dans le langage courant, ce mot représente le prix exigé par des ravisseurs en échange de quoi les prisonniers seront libérés. Et la plupart du temps, ce prix s’entend en argent : on n’utilise pas spontanément le mot de « rançon » lorsque l’échange proposé par les ravisseurs implique autre chose qu’une somme d’argent (retrait de troupes, abrogation d’une loi, pour reprendre des exemples dont on a parlé dans l’actualité récente). Et le mot « rançon » ne s’emploie pas non plus spontanément dans une affaire de chantage : c’est, en général, l’enlèvement, et l’enlèvement crapuleux, le crime de droit commun.

A noter en passant certains emplois imagés et très affaiblis du mot… la « rançon » de la gloire, la « rançon » du succès… être importuné sans cesse par des admirateurs qui vous demandent des autographes, pour une vedette, par exemple… Et ce sens est à comprendre comme « prix à payer », « effets secondaires négatifs » (mais peu importants) d’une situation très positive…

Sur le substantif « rançon », s’est formé le verbe « rançonner »… qui lui aussi subit une dérive de sens, moins grande pourtant, puisqu’on reste dans le domaine du banditisme : « rançonner un voyageur », par exemple, c’est l’agresser et ne lui rendre sa liberté qu’en échange d’une certaine somme d’argent… en quelque sorte le dépouiller… Pourquoi une dérive de sens ? Parce que la « rançon » est prise sur la victime elle-même, et non pas demandée à un tiers, en échange d’une libération…

Un mot quand même sur l’étymologie du mot, qui, si elle n’éclaire pas le sens actuel, est curieuse et inattendue…
« Rançon » est un doublet populaire de rédemption et dérive du verbe latin redimere, qui signifie mot à mot « racheter »… La « rançon » est donc le « rachat » d’un prisonnier… alors que la « rédemption » a uniquement un sens religieux : le fait de « racheter » son âme, de « racheter » ses péchés par une ou plusieurs bonnes actions, « d’acheter », mais au sens noble, sa part de Paradis. Et le mot, dans les Saintes Ecritures de la religion chrétienne, s’applique d’abord au Christ, « rédempteur », c’est-à-dire sauveur des hommes qui, par sa souffrance volontaire et sa mort sur la croix, rachète le péché originel de ses frères humains.



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