CYCLONE

Par: Yvan Amar et Anne-Cécile Bras

Les cyclones sont peut-être plus fréquents dans la Caraïbe que dans le reste du monde. Et, en tout cas, l’un d’eux vient de perturber sérieusement la Floride… aux confins justement de la Caraïbe, c’est Frances. Un autre a, semble-t-il, évité de faire trop de dégâts, c’est Ivan. Un mot déjà sur ces prénoms qui les humanisent, et les rendent peut-être moins terrifiants… Longtemps, les cyclones ont été prénommés d’après des prénoms féminins : les femmes régnaient en maîtres (en maîtresses ?) dans ce domaine. Mais, quelques-uns, quelques-unes se sont ému(e)s de cette disparité… Vous savez qu’aux Etats-Unis, on est très à cheval sur ce genre de parité, quelle qu’en soit la réelle portée.
Et comme c’est la station météo de Miami qui baptise les cyclones de l’Atlantique, il a donc été décidé qu’on pratiquerait l’alternance masculin/féminin, en suivant l’ordre alphabétique pour les initiales. Après Ivan, on attend donc Jane, Karl, Lise, Matthew, Nicole, Otto, Paola, Richard, Shari, (notez le bel effet de symétrie : on surfe avec le verlan du cyclone…), Thomas, Virginy, Walter… et après on verra… Alors que, dans le Pacifique, on essuie les caresses de Sarika, Medji, Rananim… la culture est toute autre…

Mais, tout ça ne nous dit pas ce que c’est qu’un cyclone… C’est une forte perturbation atmosphérique, dans laquelle le vent suit un mouvement circulaire… Il tourne en rond, ou tout au moins en spirale, ce qui explique la formation savante : on la doit au géographe Piddington qui le créa au milieu du XIXème siècle. « Cyclone » est formé à partir du radical kuklos, qui signifie cercle en grec. Le cyclone est donc un genre de tourbillon géant… Vous voyez qu’on a la même image dans « cyclone » et « tourbillon ». Et même « tornade »… On notera, d’ailleurs, une expression figurée formée à partir de ce mot : « dans l’œil du cyclone »… qui s’emploie notamment lorsque quelqu’un se trouve au pire moment d’une situation difficile. Comme si l’œil du cyclone représentait le cœur du problème, la gueule du loup… Et bizarrement, le sens d’origine de l’expression est absolument contraire à celui-ci. Puisqu’il paraît que, comme le cyclone est un mouvement tournant, « l’œil du cyclone », c’est-à-dire le foyer de la spirale, échappe totalement à la perturbation : c’est le lieu du calme absolu, autour duquel tournoient les furies venteuses. Autre glissement de l’expression, on entend parfois dire : « il est sous l’œil du cyclone »… dans le sens : il est très menacé, très épié... tous les yeux convergent vers lui. Notamment lorsqu’un personnage public est soudain suspecté, que la justice s’intéresse à lui. Cette dérive de sens s’explique certainement par la proximité entre les deux mots « cyclone » et « cyclope ». Et on sait que le « cyclope », ce sombre personnage de la mythologie, n’avait qu’un œil, situé au milieu du front… Ce qui le rendait, bien sûr, très expressif : sous l’œil du cyclope, on ne se sentait pas toujours très à l’aise…

Des synonymes ? Il faudrait citer « l’ouragan »… mot que l’espagnol emprunta à une langue indienne parlée dans les Antilles… On voit qu’on reste dans la région de prédilection des cyclones…
Quant au « typhon », le mot s’emploie davantage pour désigner des phénomènes météorologiques qui se produisent dans les mers de Chine ou l’Océan Indien. Et il vient d’un mot grec qui désignait un personnage mythologique : d’après Hésiode, le père de tous les vents.



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