ATTENTAT

Par: Yvan Amar et Anne-Cécile Bras

Dieu sait qu’on l’entend ce nom ! Hélas, il est lié à une actualité presque quotidienne… Et on sait bien ce qu’il veut dire. C’est une agression criminelle dirigée contre une ou plusieurs personnes, ou contre un lieu. Mais, la particularité du mot tient à ce qu’il n’est pas employé dans le cas de violences privées. Si un homme veut tuer sa belle-mère qu’il ne supporte pas, ou sa femme pour croquer l’héritage, ou le mari de sa belle pour couler des jours heureux, on parlera de crimes, mais pas d’attentats.

Les attentats sont des violences publiques. Parfois ciblées : attentat contre un chef d’Etat… Les meurtres de Kennedy, de Sadate, d’Henri IV, si on veut prendre des exemples historiques, plus ou moins lointains, sont des attentats. Parfois, la violence est aveugle, et l’attentat frappe au hasard : c’est le propre des attentats terroristes.

Et on précise souvent le moyen par lequel l’attentat est perpétré : attentat à la bombe, au plastique, à la voiture piégée…

Lorsqu’on parle d’attentats suicide, on comprend aussi facilement de quoi il est question : le terroriste perd délibérément la vie dans l’attentat, se tue en tuant les autres. On l’appelle parfois « kamikaze », et ce mot désigne davantage le tueur que l’acte lui-même. C’est un mot japonais qu’on a d’abord utilisé, en dehors de la langue japonaise, durant la Seconde Guerre mondiale : les « avions kamikazes » étaient ces petits avions bourrés d’explosifs, qui venaient s’écraser sur les porte-avions américains pour les couler.
Le mot japonais signifie « les vents supérieurs » ou « les vents du Seigneur » et font référence à un épisode ancien de l’histoire japonaise : à la fin du XIIIème siècle, deux typhons ont successivement détruit les flottes mongoles qui venaient envahir le Japon. Et ils ont été nommés comme s’ils étaient des éléments envoyés par la Providence pour sauver la nation japonaise. On se rend compte du glissement sémantique qui a fait utiliser ce mot pour désigner les « avions-suicide »… Mais il s’agissait aussi de motiver les pilotes… en les comparant à des instruments providentiels.

Si l’on revient aux mots du terrorisme contemporain, on parle aussi souvent de bombe humaine, et parfois de human bomb, en anglais, en référence à la menace qui avait pesé sur une école maternelle de la banlieue parisienne. Le terroriste, lui-même, s’était appelé HB, Human bomb.

Terminons avec des exemples moins dramatiques : on parle aussi d’attentat à la pudeur, aux bonnes mœurs. Notons que la construction grammaticale est la même que pour « attentat à la bombe », mais que la formule précise le domaine de l’outrage, et non pas l’arme du crime. D’ailleurs, quand il s’agit d’attentat à la pudeur, l’arme du crime est souvent pudiquement passée sous silence.



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