METIER

Par: Yvan Amar et Anne-Cécile Bras

Ce week-end en France était, entre autres, consacré à faire mieux connaître les « métiers d’art ». Et un certain nombre d’artisans ouvraient leurs ateliers au public, pour montrer, laisser voir, expliquer en quoi consistait leur « métier ». De l’ébéniste au tailleur de pierre, du ferronnier au facteur de piano… nombre d’artisanats étaient représentés. Mais, ces mots d’artisan et d’artisanat, même s’ils sont plutôt positifs, ne suffisaient probablement pas à rendre tout le bien qu’on voulait dire de ces occupations… « Métiers d’art » a semblé meilleur.

Mais, qu’est-ce qu’un métier… ? Le mot est vieux, et relativement peu utilisé dans la vie moderne… De façon plus officielle, on parlera de « profession ». Et, on utilise d’ailleurs beaucoup l’adjectif « professionnel »… alors que le substantif « métier » n’a pas donné d’adjectif… « Profession » est donc « officiel », parfois même un peu administratif. Est-ce le mot le plus ordinaire qu’on emploie dans la langue courante ? Pour poser la question à quelqu’un, par exemple, on dira plus facilement « qu’est-ce que vous faites dans la vie ? »

Le mot « métier », on a dit qu’il était ancien… et il a eu des sens différents. Il dérive de ministerium, et donc, il est de la même famille que « ministère ». Le « métier », c’est d’abord une fonction, notamment une fonction religieuse… Et, bien sûr, ce caractère sacré s’est renversé en son contraire dans la langue. Un « homme de métier » était un prêtre… une « femme de métier » était une prostituée.
Et dans la société qui parle l’ancien français, la profession n’a pas du tout la même image qu’aujourd’hui. Le travail, le travail rémunéré n’est nullement la norme. Et le métier n’est pas forcément lié directement à l’argent, à ce que ça rapporte… L’une des premières spécialisations du mot concerne le « métier des armes »… Donc plutôt la noblesse, qui, par statut, ne travaille pas… Et puis, assez vite, ce mot a pris le sens de « savoir-faire ». Et en particulier, un « savoir-faire » de transformation de la matière, un « savoir-faire » de fabrication… Donc, le métier devient l’occupation de l’artisan. Cette idée s’est conservée jusqu’à nos jours, si bien que, quand on parle de métier, on entend souvent une notion d’expérience : « il connaît parfaitement le métier… »

Et aujourd’hui, le mot s’emploie dans certains argots professionnels… « Etre dans le métier », « faire le métier », c’est par exemple être musicien… et, plus généralement, appartenir à ce qu’on appelle le « show business » , la scène…
Enfin, n’oublions pas que le « métier » désigne depuis longtemps l’appareillage sur lequel on installe ce qu’il y a à faire… Surtout, dans le cas du « métier à tisser », le cadre sur lequel on tend le fil… C’est ainsi qu’il faut comprendre la citation célèbre de Boileau, dans son Art poétique : « Cent fois sur le métier remettez votre ouvrage… »



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