TRUFFAUT

Par: Yvan Amar et Anne-Cécile Bras

On vient de fêter le vingtième anniversaire de François Truffaut, talentueux cinéaste, qui nous a laissé toute une moisson de films. A-t-il laissé une trace réelle dans la langue française ? Ce serait peut-être abusif de le prétendre, mais les titres sont encore dans les mémoires, évidents ou énigmatiques. « Les mistons », par exemple, son premier court-métrage, qui montre bien déjà sa sensibilité aux univers enfantins… Une bande d’enfants turbulents harcèle de façon exaspérante une belle jeune fille jouée par Bernadette Laffont. Et l’amoureux d’y celle, excédé, les chasse comme des moineaux importuns « Fichez-moi le camp, sales petits mistons ! » Ce nom laisse tout le monde perplexe… est adopté par les mêmes, et devient le titre du film. Ce mot familier n’est pourtant pas une invention de Truffaut : il est attesté par les dictionnaires et semble apparaître à la fin du XVIIIème siècle. Il n’empêche, sa survie même problématique, doit une fière chandelle à François Truffaut.

D’autres titres sont empruntés à la langue courante : « Les 400 coups », par exemple. « faire les quatre cents coups », c’est depuis longtemps faire toutes les bêtises possibles, jeter sa gourme… Pourquoi 400 ? on n’en sait trop rien, on a, d’ailleurs, souvent dit les cent coups. L’astuce du cinéaste consiste surtout à isoler l’image du reste de la phrase dans laquelle on la trouve le plus souvent : non plus « faire les 400 coups » mais les 400 coups !

Autre titre repris d’une expression, pourtant moins courante : « baisers volés »… qui évoque les amours timides, adolescentes, inabouties et charmantes… En même temps, cette expression est reprise d’une chanson de Charles Trenet qu’elle cite… « Que reste-t-il de nos amours ? » (l’expression, d’ailleurs, a depuis partiellement changé de sens, et on parle de « baisers volés » pour figurer les baisers « qui volent », ceux qu’on dépose sur sa main avant de les faire partir d’un souffle vers celle (celui…) à qui ils sont destinés.

Un autre titre demande une certaine explication : c’est « la nuit américaine »… Joli titre qui peut faire rêver quand on ne le comprend pas… (nuit d’ailleurs, nuit exotique), et qui se comprend par rapport au jargon du cinéma, qui baigne tout le film : « la nuit américaine » est, en effet, une technique d’éclairage et de tournage qui permet qu’on tourne des scènes de nuit pendant le jour… C’est donc, en même temps, la fausse nuit, la nuit fictive, la nuit pas pour de vrai…
L’Amérique a, plus d’une fois, inspiré Truffaut d’ailleurs, dans des titres qui sont des traductions de romans (pas toujours traductions d’ailleurs : « Fahrenheit 451 » est le titre du roman de Ray Bradbury dont est tiré le film. Mais, on a aussi « Tirez sur le pianiste »… ; et « Vivement dimanche », qui évoque là encore une chanson, « Come Sunday », popularisée par Duke Ellington.


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