ECOUTE

Par: Yvan Amar

Le procès dit « des écoutes de l’Elysée » fait pas mal parler de lui, en ce moment. Et sont, sur la sellette, ceux qui, pour le compte du pouvoir, espionnaient des conversations téléphoniques pour le compte de l’Elysée. Alors, drôle de mot que celui d’écoute…

Dans le contexte qui nous intéresse, il signifie qu’on écoute, secrètement, des conversations. Et, en particulier, des conversations au téléphone… Cela nécessite, donc, tout un système qui permet de court-circuiter le réseau téléphonique, et de se brancher dessus clandestinement. On dit, d’ailleurs, qu’on est « sur écoutes », et on disait naguère qu’on était branché sur « table d’écoute »… L’origine du mot est très clair : il dérive du verbe « écouter ». Mais, il a un usage particulier, car il renvoie toujours à une activité volontaire. Pas uniquement dans le cas de ces fameuses écoutes téléphoniques… Mais, on peut faire l’écoute d’un disque. Ce qui ne signifie pas qu’on l’écoute… comme ça… pour le plaisir… mais, de façon délibérée, pour être sûr qu’il est bien enregistré, par exemple…Un artiste, un ingénieur du son peuvent faire une écoute avant que le disque soit commercialisé… Ce sens correspond un peu au mot « visionnement »… Si on visionne un film, ce n’est pas qu’on va le voir au cinéma… C’est qu’on le regarde avec attention. Pour s’en faire une idée…

Revenons au mot « écoute », qui n’est pas si fréquent, mais possède d’autres sens… L’écoute de quelqu’un, c’est sa façon d’écouter… On peut dire d’un médecin qu’il a une bonne écoute… c’est-à-dire qu’il comprend toujours un peu plus que ce qu’on lui dit, qu’il devine, qu’il a une bonne intuition. Il sait « être à l’écoute », être tendu, être orienté vers son patient, pour comprendre…

Mais, le mot est d’ailleurs ancien, et il a eu des sens qu’il a perdus… Au Moyen-âge, une écoute était une sentinelle, un guetteur… Sensible aux bruits, aux présences ennemies possibles… Et, donc, malgré le féminin, un homme, un soldat, en général. Comme une sentinelle. Mais, le mot s’utilisait aussi pour désigner une femme, une religieuse qui accompagnait au parloir une religieuse, ou une pensionnaire, dans les institutions où l’on surveillait de façon très scrupuleuse tout rapport avec l’extérieur, et toute conversation avec un étranger…



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