ROUTES

Par: Yvan Amar

Demain soir, mardi 21 décembre se déroulera à Paris un étonnant concert. A la maison de la Radio, salle Olivier Messiaen, on pourra entendre l’harmoniciste de blues Jean-Jacques Milteau avec l’Orchestre National de France… Drôle de concert parce que deux traditions vont s’entremêler … Tout ça au profit d’une association , Musique et santé, qui travaille en particulier en liaison avec les hopitaux qui s’occupent d’enfants souffrant de maladies respiratoires…

Et ce concert a un titre : « Routes ». Pourquoi ce titre énigmatique ? Peut-être d’abord pour donner l’impression que les itinéraires multiples de Jean-Jacques Milteau peuvent le mener vers les plus inattendues des situations.

Mais ce mot de routes évoque quand même fortement l’imaginaire des musiques populaires et notamment du blues.
« Sur la route »… c’est le titre d’un roman célèbre de Jack Kerouac, qui évoque le milieu du siècle (du 20ème) et l’errance de ces « clochards célèbres » qui s’appelaient des beatniks. Alors me direz-vous, le titre est en anglais : « On the road », mais il a été traduit sans douleur et s’est très bien adapté en français.

Et d’autre part l’expression « faire la route », familière, certes, a souvent été employée pour les beatniks et leurs successeurs, les hippies (toute une époque !) pour faire référence à leurs pérégrinations. Cheveux longs, idées généreuses et utopistes… certains rompaient avec le monde moderne et partaient, souvent vers l’orient, à pied, en auto-stop, en bus… sans trop savoir pour combien de temps ni vraiment comment… Ils faisaient la route.
On en a même tiré un substantif, routard, sur le modèle de motard, et sans que ce suffixe –ard soit le moins du monde péjoratif…

Et routard se distingue de routier… un mot qui, bien avant de désigner un camionneur, renvoyait aussi à des vagabonds, mais souvent de façon un peu négative… ces gens sans feu ni lieu font peur…

Un dernier mot sur « routes »… Il est (presque) homonyme de mot anglais « roots », racines, qui évoque le plus vieux des blues, le plus enraciné dans la mémoire de l’esclavage. Et le calembour n’aura pas échappé à Jean-Jacques Milteau.


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