DEBALLASTAGE

Par: Yvan Amar

C’est aujourd’hui qu’on juge l’armateur et le capitaine du cargo, Le Nando, pour un « déballastage » (présumé) qui aurait été effectué en mai dernier en Méditerranée. 500.000 euros d’amende sont requis… c’est une somme… ça présuppose que le délit est grave… Alors quel est-il ce délit ?

Le « déballastage », c’est évident, c’est le fait de vider ses ballast. On est bien avancé ! Le « ballast » est, en fait, un gros réservoir qui peut servir à plusieurs choses… A être rempli d’eau de mer, pour lester le navire, mais aussi à transporter des denrées liquides… eau, carburants, mazout, hydrocarbures liquides…. Alors que se passe-t-il, par exemple, lorsqu’un navire a ses ballasts pleins de pétrole… ? Il livre le pétrole qu’il achemine, et donc vide ses ballasts. Mais il ne peut pas repartir ses ballasts vides… Il les charge donc en eau de mer… pour se stabiliser. Et lorsqu’il devra reprendre une autre cargaison… il devra les vider. En principe, les bateaux doivent alors vider cette eau dans des installations portuaires spécialisées, et même souvent, nettoyer les ballasts. Mais, bien souvent, ils se débarrassent de cette eau en pleine mer, ou à proximité du port où les attend leur nouvelle cargaison… Et l’eau ainsi rejetée est toujours mêlée de déchets, de restes de pétrole, de résidus d’hydrocarbures… donc polluante… C’est là un exemple de déballastage illégal.

Mais, on parle aussi de « dégazage »… Les deux mots sont-ils synonymes ? A peu près… J’en donnerai, pour indice, un extrait d’une coupure de presse datant du 20 avril 2004. En voici le titre : « Au tribunal pour déballastage sauvage ». Et le chapeau : « Le commandant du Nicholas M, navire minéralier, pris en flagrant délit de dégazage, comparaît aujourd’hui… » On voit bien que, pour le journaliste, François Escarpit, les deux mots sont employés à peu près indifféremment… Pourtant, la logique qui préside à leur formation est différente…
Dans « déballastage », on a mis au centre du mot le contenant, le ballast, une sorte de cuve étanche. L’histoire du mot est étonnante… Il nous vient des langues du nord, qui laissent des traces en néerlandais, puis en anglais avant d’atterrir (pardon de s’amarrer) en français. Il désigne un mélange de graviers, comme celui qu’on utilise pour fixer les traverses des voies de chemin de fer… Et le mot est encore tout à fait courant dans ce sens… Puis, il a signifié lest… mais il a été à peu près évincé par ce dernier mot (qui est, d’ailleurs, de la même racine… Lest… Last…) Et c’est par l’anglais water ballast… lest fait d’eau qu’il nous revient, pour désigner le réservoir de plongée des premiers sous-marins… Le ballast était entré dans le vocabulaire de la marine… et du sens de contenu… le lest, il allait désigner le contenant… le réservoir.

Alors… et le « dégazage », alors ? Le mot, au départ, signifie l’expulsion des gaz contenus dans une substance ou un endroit donné… Puis, glissement de sens : c’est l’extraction des produits pétroliers gazeux, contenus dans un produit pétrolier qui ne l’est pas… Enfin, le mot a fini par renvoyer au nettoyage des cuves d’un pétrolier, ou des ballasts… Et c’est ainsi que le dégazage sauvage ne vaut pas mieux que le déballastage sauvage.



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