AMOUREUX

Par: Yvan Amar

14 février… Saint-Valentin… Fête des amoureux… Une fête très prisée, très médiatisée depuis quelques années… Non pas peut-être remise à l’honneur, mais mise à l’honneur pour la première fois, portée par une certain enthousiasme et peut-être un certain intérêt commercial… Ce genre de choses fait toujours vendre…

Si les « amoureux » sont à l’honneur… profitons-en pour nous interroger sur le mot lui-même… même si rien ne vaut l’expérience vécue.
Ce mot d’« amoureux » est soit un adjectif, soit un nom… En tant qu’adjectif pas de problème : il n’a jamais connu la crise… Et son sens est connu de tous. « Etre amoureux » c’est donc être dans cet état particulièrement agréable (en général… sauf situation particulièrement adverse, rejet, sentiments non partagés, dédain, froideur, indifférence…)
En tout état de cause, c’est un état provisoire, ponctuel… même s’il peut durer…
Etat de projection intense vers l’autre, qui fait que très naturellement, on le décline : « amoureux de… »
L’arrivée plus ou moins subite de cet état s’exprime également : « tomber amoureux »… Et le mouvement, la chute expriment bien cette idée à la fois de soudaineté et disposition contre laquelle on ne peut rien… Tout ça, en apparence se fait contre votre gré… en tout cas, pas vraiment sur commande…
« Tomber amoureux »… et non pas « tomber en amour »… tout au moins en France, puisqu’au Québec, l’expression est fréquente et rappelle exactement l’image de l’expression anglaise « to fall in love ».

Maintenant, le nom « amoureux » est bien moins fréquent. La Saint-Valentin peut y faire penser car elle a souvent été symbolisée par les amoureux de Peynet, petits dessins, un peu mièvres qui représentaient deux silhouettes assez niaiseuses qui roucoulent.

Ce nom « amoureux », presque enfantin, désigne à l’élu de son coeur. Et on évoque aussitôt des phrases un peu désuètes : « c’est mon amoureux », « j’ai un amoureux », « je vais voir mon amoureux »… Pas au féminin ? Bien moins en tout cas… « C’est mon amoureuse »… Là, c’est un mot de cour de récréation, et c’est presque réservé aux amours enfantines…
Alors, le mot donne l’impression d’une certaine chasteté, de sentiments forts mais… qui ne se traduisent pas en actes très concrets… « Un amoureux fait sa cour »… C’est-à-dire qu’il s’approche… mais n’est pas arrivé au but… Et on peut trouver certains synonymes à ce mot léger… Un soupirant… celui dont le cœur soupire… D’amour… De ce qu’il n’a pas. Le mot n’est pratiquement plus employé aujourd’hui sinon de façon plaisante… Mais, le mot avait un concurrent : prétendant… C’est moins impliqué dans la vie sentimentale… Il s’agit de celui qui pense prétendre à la main (plus d’ailleurs qu’aux simples faveurs) d’une femme. Moins sentimental, mais plus sérieux, donc… Galant est plus vieux encore… mais le galant est beaucoup plus près du but que les deux autres... Et c’est souvent déjà l’ « amant »…
A propos d’ « amant »… on peut revenir sur le couple des deux mots « amoureux » et « amant »… Aujourd’hui, la différence est fort claire : l’ « amoureux » est désigné par ses sentiments… l’ « amant » a une relation amoureuse, et sexuelle avec la femme qu’il convoite… qu’elle soit mariée ou pas d’ailleurs… Mais, dans la littérature classique, on nous explique que l’ « amant » est celui qui aime et est aimé en retour… alors que l’ « amoureux » est celui qui aime à sens unique… Pyrrhus, amoureux d’Andromaque… Rodrigue, amant de Chimène.
Cela dit, ce mot « amoureux » est revenu en force, avec presque un sens d’euphémisme, dans le français contemporain… C’est une façon un peu chic, et un peu plaisante en même temps de parler de son homme… Et ça prétend mettre un peu de poésie dans tout ça !



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