INAUGURATION

Par: Yvan Amar

Le Salon du Livre ouvre au public aujourd’hui, et déjà hier, on en faisait l’inauguration… Qu’est-ce que c’est que ça… ? Il s’agit des fêtes d’ouverture… forcément symboliques, forcément mondaines, forcément élitistes…

L’inauguration, c’est donc l’ouverture officielle d’une manifestation, avec toutes les personnalités qui donneront de l’importance à la chose… et qui feront les discours et les ronds de jambe les plus convaincants.

Mais, le mot « inauguration » correspond aussi à la première mise en service de quelque chose… Lorsqu’un pont est terminé… on fait une petite cérémonie pour marquer le coup, dire que… eh bien ! ça y est… on peut maintenant l’emprunter… Lorsqu’on on a construit un théâtre, on fait la même chose… Ou un bateau, un avion… etc.
Et la plupart du temps, ce sont les pouvoirs publics qui s’y collent. Alors, bien sûr, on se moque parfois… et on se moque des politiques qui ne font que du décorum et de la cérémonie… qui « inaugurent les chrysanthèmes », expression amusante et qui ne veut rien dire… Parce qu’on n’inaugure pas des chrysanthèmes. Mais, on condense là deux activités politiques. Les chrysanthèmes devant lesquels on se recueille après un décès. Les monuments qu’on inaugure.

Tout ça ne nous dit pas d’où vient le mot… de loin. Du latin. Et des rituels religieux des premiers Romains…
Les augures étaient des prêtres qui étaient censés prédire l’avenir, en interprétant un certain nombre de signes… En particulier, le vol des oiseaux qui devaient donner un signe sur l’orientation du destin. Que les premiers à passer vinssent de droite ou de gauche… et l’affaire se présentait tout différemment. Mais, il y avait mille autre façons de se renseigner sur la tournure du destin… Par exemple, on observait les viscères des taureaux tués et offerts en sacrifice… Et on se livrait à ce jeu, bien souvent avant une activité importante (livrer bataille, par exemple).

On en a gardé une trace en français… avec un verbe, « augure »r, qui n’est pas très employé, mais qu’on entend souvent dans une expression toute faite : « Ça n’augure rien de bon ! » C’est-à-dire… c’est mauvais signe… La suite menace de n’être pas très heureuse…
Mais, les augures latins consacraient aussi les temples. Et le verbe augurare signifiait, en latin, rendre un édifice sacré… Le faire passer sous la protection d’un Dieu… De façon infiniment plus profane, et laïque, le mot est passé en français…
Mais, il a pris, par dérivation, un sens assez différent, plus familier, sans être le moins du monde vulgaire… qui signifie : se servir pour la première fois de quelque chose… Je me suis acheté la semaine dernière une cocotte… qui est restée sur l’étagère.. Ce soir je fais un canard… et je vais m’en servir pour la première fois… Je l’inaugure.


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