BERNE

Par: Yvan Amar

« Drapeaux en berne » ! Laïcité en berne ! Deux titres relevés dans la presse d’hier, et qui tous les deux font références au grand battage officiel qui fait suite à la mort du Pape.

« Drapeaux en berne » ? L’expression signifie qu’en signe de deuil, les drapeaux officiels, au lieu de flotter au vent sont « hissés à mi-drisse »…. Qu’est-ce que ça veut dire « hissés à mi-drisse » ? La « drisse » est un terme maritime qui désigne le cordage qui sert à hisser une voile ou un pavillon. Le drapeau en berne est donc assujetti à mi-hauteur du mât, et non pas tout en haut. La plupart du temps d’ailleurs, on le roule pour éviter qu’il se déploie. La symbolique est donc très claire. En signe de deuil, de repli, de tristesse, on empêche le drapeau de claquer… Symbolique assez claire, et grammaire de l’image en mouvement qui associe la vie, la fierté d’être à la visibilité du drapeau qui claque, et la mort, le deuil, au repli sur soi. Image concrète d’une idée abstraite donc, lorsque de vrais drapeaux sont en berne…

Image figurée lorsqu’on parle de laïcité en berne… comme l’ont fait ceux qui pensent qu’on en faisait un peu trop pour la mort de ce pape, et que l’église et l’Etat se mêlaient d’un peu trop près… Le mot n’est jamais employé que sous cette forme adverbiale, « en berne », et on l’entend parfois, appliqué à divers usages : une mine en berne, le chapeau en berne… ce qui veut dire… souvent triste, mais parfois aussi déconfit, minable, la queue entre les jambes…

L’origine du mot « berne » est peu claire. Même si l’on est sûr que le sens actuel est hérité du vocabulaire maritime néerlandais. Le mot signifierait bord, ourlet, comme si le drapeau, roulé sur lui-même évoquait un ourlet…

Alors attention : il ne faudrait pas confondre ce mot avec le verbe berner et sa famille : il s’agit de deux tribus différentes.
« Berner » veut dire duper, tromper quelqu’un avec l’idée qu’on l’a bien eu, qu’on l’a joué, mené en bateau, qu’on lui a fait croire ce qui n’était pas… Il s’agit, au départ, d’une brimade très spéciale qui consiste à faire sauter quelqu’un dans une couverture… et hop ! et hop ! Le même mot servait, d’ailleurs, à désigner le vannage du blé, qu’on faisait sauter au-dessus d’un crible. Et le « berne », ou « bren », désignait la partie grossière du son, celle qui ne passait pas à travers les mailles du crible, le rebut.
Et c’est vraisemblablement de ce verbe qu’est dérivée l’expression « bernique », désuète, plus guère en usage, mais amusante, qui veut dire… des clous ! des nèfles ! autrement dit… rien du tout… Qu’est-ce que j’ai gagné dans cette histoire ? « Bernique ».


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