BENOIT

Par: Yvan Amar

C’est donc Benoît qu’il se nomme, le nouveau Pape… Et quand je dis « qu’il se nomme », je l’entends, au sens propre. Car l’un des premiers avantages de la papauté, l’un des premiers au sens chronologique, l’un des premiers actes d’un Pape, sinon le premier (après j’imagine une rapide action de grâce), c’est de se prendre un nom de pape. On ne s’autoproclame pas… mais on se nomme.
Cette nomination ne saurait s’entendre comme une vanité. Ce n’est pas de l’auto-engendrement… c’est, au contraire, se relier au passé, à une tradition, à un référent… Peut-être le saint qui porte ce nom… ou le précédent pape qui l’a porté… Mais l’étymologie, le premier sens du nom ne saurait être tenu pour tout à fait négligeable…
Le Pape défunt comme celui qui l’avait très brièvement précédé, s’appelait Jean-Paul, ce qui les plaçait dans la continuité des deux papes précédents, Jean XXIII et Paul VI. Nom assez étonnant pour un pape : c’était inaugurer une possibilité de noms doubles… C’était également prendre un prénom qui correspondait à une génération, à une époque… En français, tout au moins, le prénom Jean-Paul est un vrai prénom de la deuxième moitié du XXème siècle. Au lieu que ce nom le mette un peu à l’écart de la communauté séculière, il semblait l’y plonger plus profondément… Jean-Paul c’est d’abord le nom de votre voisin, de votre cousin, de votre collègue, de votre ancien patron… de mille personnalités dont on a les noms en mémoire…, de Sartre à Belmondo, que du pape.
Pour Benoît, l’affaire est différente. Non que Benoît ne soit un prénom courant dans le français d’aujourd’hui (on a tous un ancien patron qui s’appelle Benoît…), mais c’est un vrai nom de pape… avec une longue lignée derrière soi (une bonne quinzaine).

Et un sens !
Rappelons-nous d’abord que Benoît n’est qu’un nom français… qui dérive de benedictus, en latin, « béni ». Et « bénir » est un verbe difficile à comprendre, qui rassemble deux idées : le dire… et le bien. Bénir quelqu’un, c’est donc… non pas dire du bien de lui (c’était le sens premier du verbe latin… louer…), mais prononcer une formule qui lui attirera les bienfaits de Dieu, invoquer la puissance divine en faveur de quelqu’un. Etre béni… c’est donc peut-être être placé sous le regard bienveillant de Dieu…
Mais, si ce participe a donné quelques prénoms français… (Bénédicte, Benoîte), il a aussi donné des adjectifs. Benoît… qui n’est guère usité… et dont le sens a dérivé de l’étymologie… qui ne signifie plus « béni », mais confit en dévotion… et parfois un peu Tartuffe… De toute façon, il n’est pratiquement jamais utilisé… alors que « benoîtement », l’adverbe qui en dérive, l’est parfois… avec le sens de « naïvement »… ou alors avec une fausse, une feinte naïveté…
Quant à « benêt », autre adjectif de la même famille, il a tourné le dos à sa signification d’origine pour signifier simplement béta, niais…


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