TOCSIN

Par: Yvan Amar

On l’a entendu hier soir : on sonne le tocsin, pour sauvegarder l’industrie textile française… ou européenne… On a peur de l’afflux massif des textiles chinois… alors … on sonne le tocsin… Belle image pour dire qu’on sonne l’alarme. Est-ce vraiment un cliché ? Je ne le dirais pas : ce n’est pas assez fréquent… Et l’image est assez singulière pour attirer l’attention… Si soudainement, elle a trop de succès… peut-être tomberons-nous dans le cliché. Mais, quand on entend cette phrase, est-ce que tout de suite on imagine quelque chose ? Et d’abord, qu’imaginer… quelle est l’origine de l’expression ?

Le tocsin, c’est d’abord, c’est encore le nom d’une sonnerie de cloches. Et les cloches des églises, en Occident, avant que les médias modernes ne prennent l’importance qu’ils ont aujourd’hui, étaient d’excellents moyens de communication…

Le tocsin n’est donc pas le nom d’une cloche, mais d’une sonnerie… d’un code. Lorsqu’on sonnait le tocsin, c’était toujours une alarme, un signal inquiétant, un indicateur de mauvais augure… On sonnait le tocsin lorsqu’il y avait un incendie… ou pire… la guerre, une attaque. Même fonction donc que celle que remplissaient, durant la dernière guerre, les sirènes en cas de bombardements.

Aujourd’hui, le mot « tocsin » est bien plus souvent employé au figuré, lorsqu’on jette un cri d’alarme en dénonçant ou en désignant un danger… Mais, on le dénonce à grands bruits si l’on parle de tocsin… Et l’origine du mot est tout à fait intéressante. Le mot vient du provençal, et se construit autour du radical toc… Mot-bruit, onomatopée, de la même racine que le verbe toucher… mais qui correspond, dans plusieurs langues latines méditerranéennes, au fait de taper sur un instrument de musique pour le faire sonner : on touche la cloche. Et la cloche est représentée par la syllabe –sin… qui dérive de signum… qu’on retrouve dans le mot signal… Mais, le hasard des mots rapproche justement sin de sonne… On touche… ça sonne… Même si ce n’est pas l’histoire étymologique du mot qui nous permet de le dire… c’est ce que ça évoque dans l’inconscient linguistique… Et c’est là dessus que s’assoit l’image.
Cette image est proche d’une autre : « sonner le tocsin » appelle « sonner le glas »… Image plus funèbre, bien sûr. On sait que le glas est la cloche qu’on sonne lors d’un décès… répétitive et évoquant le dépouillement ultime de la mort…

Mais l’image, là aussi existe, et le sens figuré de l’expression est facilement compris.
« Sonner le tocsin », c’est tirer la sonnette d’alarme… « Sonner le glas », c’est indiquer qu’il est trop tard, que tout est fini… C’est si l’on veut, l’étape suivante.
Mais, prise au sens figuré, cette expression se charge d’un sens plus lourd encore : non plus annonciateur, mais déclencheur. Le vote de la loi sur la censure a sonné le glas de la liberté de la presse… C’est-à-dire qu’il l’a annoncé... ; mais aussi précipité, occasionné… On n’est plus dans un rapport de symbole : on est dans un rapport de cause à effet.


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