PLAN B

Par: Yvan Amar

« Europe : la mystification du plan B »
C’est le titre d’une tribune signée aujourd’hui dans le journal Le Monde par François Hollande… Mystification ou pas… ce n’est pas de ça que nous nous occuperons aujourd’hui, mais plutôt de savoir ce que recouvre cette mystérieuse –sinon mystificatrice– expression « plan B ». L’expression, qui a transité par l’imaginaire des films ou des romans d’action, est amusante… On pourrait la traduire par solution de rechange… voire solution de repli… Car le plan B est toujours un pis-aller par rapport au plan A… c’est ce à quoi on se raccroche quand le plan A a échoué ! Il faut donc comprendre que le plan B se saisit par rapport au A… C’est le deuxième plan…
Et on peut se souvenir des fameuses faces B des disques en vinyl de naguère… surtout les 45 tours… qui proposaient une chanson… dont on espérait qu’elle serait un succès… Et puis quand même, il y en avait une deuxième sur l’autre face… la face B.

Quant aux séries B du cinéma… c’était une façon de désigner les productions vite réalisées… sans grand apprêt… en série justement… avec du métier, de l’efficacité… mais pas toujours le sens artistique qu’on peut prêter aux séries A…

Le mot « plan », lui, a connu un destin étonnant… et beaucoup de succès récent… il représente, au départ, l’image de la réalité…. Et appartient à la même famille que le verbe planter… On représente ce qui est « planté au sol… Mais, bien vite, on a confondu ce mot avec les dérivés de « planus »… qui a donné l’adjectif plat, et l’adjectif plan… Comme s’il s’agissait de représenter, dessiner à plat, la réalité de la géographie ce qui est plat… et le mot appartient au vocabulaire de la cartographie… Et on parle encore, de façon absolument courante, du plan d’une ville… ou d’un plan de métro… Avec, souvent, quand même l’idée qu’il y a quelque chose de schématique là-dedans… On a, au départ, utilisé les expressions « lever un plan », « tirer un plan »… et il semble que, dans l’argot du bagne, tirer un plan se soit assimilé bientôt à une tentative d’évasion… Le mot « plan » a donc glissé vers le sens de projet, d’intention… de construction systématique de ce qu’on aimerait faire… C’est l’anticipation de ce qu’on veut faire… Et puis, le mot s’est spécialisé dans le domaine militaire… plan secret, plan de bataille… et le mot a pris un sens très tactique : le plan, c’est le B A BA de la stratégie ! De l’armée… on passe à la politique, à l’économie, à la gestion des affaires de l’Etat, ou des affaires tout court… plan quinquennal, plan de redressement, de stabilisation…

Et, depuis quelques années, le mot s’est répandu, avec des sens familiers amusants, et vagues… Le plan… peut être l’organisation de son temps (Je n’ai pas de plan pour le week-end… je suis libre comme l’air…). Mais, de plus en plus, le plan se qualifie… bon plan… mauvais plan… Avec le sens de bonne idée… mauvaise idée… qui finit par déteindre sur les personnes concernées par les projets… d’un point de vue parfois professionnel… « Mauvais plan, ce Maurice… Jamais je n’aurais dû m’associer avec lui… ou parfois même salace… Gaston… c’est le mauvais plan… » dit Hortense… « au restaurant… on paye chacun sa part… et après… il rentre chez lui… »



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