COUDE A COUDE, BORD A BORD...

Par: Yan Amar

La période de campagne référendaire que nous traversons est propice aux sondages… qui montrent les fluctuations de l’opinion sur la consultation du 29 mai… Oui ou non… Tantôt c’est l’un, tantôt c’est l’autre… et parfois même, ils semblent être à égalité… C’est le cas, en ce moment… le oui et le non font jeu égal… c’est ce qu’on entend sur nombre d’antennes depuis quelques jours… Ça changera sûrement d’ici le jour du scrutin, mais en ce moment, toutes les tournures qui servent à exprimer cette équité sont de service. Oui et non font jeu égal, comme on l’entend souvent… avec là, une image qui vient tout droit du sport, un cliché du monde sportif, qui s’emploie assez indifféremment dans toutes les disciplines, pour exprimer que les adversaires ou les équipes adverses sont sensiblement de même force et qu’il serait bien difficile de prédire qui l’emportera.

On entend aussi que le oui et le non sont au « coude à coude ». Et l’image vient spontanément à l’esprit… deux coureurs qui courent de concert… aucun ne devance vraiment l’autre… et c’est comme si leurs coudes pouvaient se toucher pendant qu’ils courent. L’image est transparente et pourtant, ce n’est pas le premier sens qu’on lui a donné. Au départ, cette expression était davantage associée à la marche qu’à la course. Et elle symbolisait plutôt la solidarité, l’action commune… proche en cela d’une autre : se tenir les coudes… On voit bien d’ailleurs que c’est la même image. Alors que dans le cas qui nous intéresse, le sens de l’expression s’est presque retourné : on est dans une situation de concurrence et non d’entraide.

Le oui et le non sont « bord à bord ». Cette autre formule semble calquée sur la précédente… En tout cas, elle a la même apparence. L’origine en est différente : elle vient du milieu nautique… ce sont deux bateaux qui sont « bord à bord ». Mais, là encore, il y a eu une modification du sens de l’expression. Au départ, il ne s’agissait nullement de bateaux qui faisaient la course et qui se retrouvaient côte à côte.
Sont « bord à bord », des bateaux qui sont au mouillage, accostés l’un à côté de l’autre. Pourtant, bien que l’expression est glissée d’un sens vers l’autre, on a bien encore l’idée que l’image est navale. Le mot « bord », malgré tous ses emplois, se rattache quand même essentiellement aux bateaux.

En tout cas, les deux camps se tiennent. Là, aussi, l’image est courante. Pour dire qu’aucun n’a l’avantage, on dépeint les deux « concurrents » comme tout près l’un de l’autre, presque embrassés ! Ce qui importe c’est que ces images sont celles d’une étroitesse, d’une proximité entre les adversaires… Comme on dit, c’est serré… C’est-à-dire qu’il y a peu d’espace entre les concurrents, même si, comme c’est le cas ici, les concurrents ne sont pas des humains, mais des opinions, des adverbes, même. Le match, le scrutin sera donc très serré.



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