DECEPTION

Par: Yvan Amar

C’est le mot qui domine, aujourd’hui, après la décision du Comité international olympique de préférer Londres à Paris. Comment ça « déception » ? allez-vous penser, un mot si faible, alors qu’on entend partout parler d’amertume, de colère, de révolte, d’incompréhension… Mais justement… c’est que ce mot « déception », s’il a un sens relativement faible aujourd’hui, a toute une histoire derrière lui.

Son sens le plus fréquent aujourd’hui correspond, en effet, à une attente contrariée… On espérait quelque chose… et on ne l’a pas… On s’attendait à quelque chose… et c’est autre chose qui vient... Et la déception peut être légère (la pluie pendant la promenade, le gâteau désiré qu’on laisse brûler au four) comme elle peut être vive. Le mot a, d’ailleurs, des synonymes qui le représentent à des degrés divers… déconvenue (assez faible) désillusion(c’est plus sur la durée que ça se passe…), dépit (c’est plus l’orgueil qui en a pris un coup)…

« Déception » est de la même famille que le verbe décevoir qui, lui aussi, a subi l’érosion du temps… En ancien français, le sens était infiniment plus fort qu’aujourd’hui (Victor ne m’a pas rappelé après notre rendez-vous manqué… Ça m’a beaucoup déçu de sa part…) Alors que jadis, « décevoir », c’était « tromper »… et que la « déception » était la « tromperie »…

Mais, ce mot de « déception » a un destin spécial… (partagé par quelques autres… ce n’est pas le seul dans son cas… mais ça le rend assez spécial) : il signifiait, dans l’ancienne langue, à la fois, le fait de tromper et d’être trompé… Il avait un sens actif, et passif. Et il fallait le contexte pour comprendre quel sens était le sien dans telle ou telle phrase…

« Décevoir » était donc « tromper »… avec, d’ailleurs, le désir de tremper sciemment : abuser, séduire (là encore, ce dernier mot a subi un changement de sens… séduire… c’était entre autres sens, changer la forme… déformer… un chapeau dont on séduit le bord…) La première déception était donc la stratégie mise en œuvre pour prendre en défaut la confiance de quelqu’un… Et ensuite… le sentiment que cette fraude provoquait : fureur d’avoir été dupé, blessure consécutive à une trahison.

Il y a un troisième terme de la même famille, dont le sens et le degré de signification est bien différent : c’est l’adjectif « décevant ». Ce qui est « décevant »… c’est ce qui produit une déception. Mais attention : le sens de « décevant » est toujours un peu tiède… La « déception » est toujours vaguement modérée… C’est le côté « flop » qui l’emporte. Une prestation dont on attendait qu’elle soit assez brillante… et qui n’est pas à la hauteur… Mais, la déconvenue n’est jamais immense…
Alors, s’il est un adjectif qu’on n’entendra pas à propos de la décision du CIO, c’est celui-là.



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