SORCIER

Par: Yvan Amar

« Sorcier »… un mot fréquent… Mais qu’on entend plus encore lorsqu’il est question du célèbre héros Harry Potter, dont les dernières aventures viennent de paraître en anglais… Pour la traduction française, on attendra l’automne… Mais, l’original est disponible… avec son cortège de « sorcellerie ».
Le « sorcier », au sens littéral, est un homme doté de pouvoirs surnaturels ou, en tout cas, qui connaît des moyens secrets d’échapper aux lois physiques ordinaires Comment ? Pourquoi ? En général, on présume que c’est par la suite d’une initiation particulière… Il en sait plus que les autres… Il peut communiquer avec des puissances qui échappent aux hommes ordinaires… Et la plupart du temps des puissances maléfiques… Mais attention : là, on se réfère aux premiers emplois du mot, à ceux qui, depuis le Moyen-âge, l’ancrent dans la culture chrétienne. Et là, on pense aussitôt à des pactes avec le diable, qui font que les « sorciers » ne se servent de leurs pouvoirs que pour nuire et faire le mal. Et le machisme occidental est tel, que bien sûr, les « sorcières » sont bien plus courantes, dans l’imaginaire ou la littérature, que les « sorciers »… Avec, en gros, deux types de « sorcière » : la belle et la laide… La laide, vieille, bossue, contrefaite, qu’on refoule volontiers aux portes du village, dans la solitude de ses animaux familiers et inquiétants… c’est l’image de la fée Carabosse. Mais, la belle est à la fois la « sorcière » et l’ « ensorceleuse »… celle qui séduit les hommes… Et la séduction féminine a bien souvent été associée à quelque pratique de « sorcellerie »… qui faisait tellement peur… qu’on se hâtait de les brûler !

C’est du côté de ces pratiques qu’il faut aller chercher pour trouver l’origine du mot : le « sorcier » est jeteur de sorts. Et ce dernier mot renvoie, à la fois, à une idée de hasard et de destin, c’est-à-dire d’un choix qui échappe à la raison humaine… Mais « jeter un sort » est une expression qui a un sens spécial ! : c’est user d’un maléfice pour amener un malheur ou une suite de malheurs sur la tête de quelqu’un. C’est décider qu’il lui arrivera malheur… sans qu’on soit l’artisan direct et précis de ce malheur… Mais, le malheur arrivera parce qu’on l’a souhaité… et que ce souhait devient réalité par la magie du sort.

Maintenant attention, on emploie ce même mot de « sorcier » par rapport à des traditions bien différentes, qui n’impliquent pas du tout forcément cette idée de malveillance… notamment lorsqu’on évoque, en français, nombre de traditions africaines… On parle alors de « sorcier »… plus que de « sorcellerie », ce dernier mot restant attaché à quelque chose de diabolique le plus souvent.
Maintenant, le mot a aussi des usages plaisants, familiers pour désigner l’extrême habileté de quelqu’un… Un « sorcier » des manettes, un « sorcier » de l’informatique… c’est celui qui est si expert qu’il laisse les autres pantois.
Et à l’inverse, l’expression amusante « c’est pas sorcier » signifie… c’ est pas bien difficile.



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