VIGILANCE

Par: Yvan Amar

« Attentifs ensemble ». De nouveau, on l’entend cette phrase, en France dans les transports en commun, prononcée d’un ton sérieux par une voix anonyme… De nouveau, depuis les attentats de Londres, on nous appelle, notamment dans les grandes capitales européennes à faire attention, à être et à rester vigilants…

C’est le mot qui revient : « vigilance »… qui signifie simplement attention en éveil, surveillance active… C’est, bien sûr, un appel à regarder autour de soi, à être conscient de ce qui nous entoure, à être, sans s’affoler, en alerte… Comme lorsqu’on se trouve dans un environnement où quelque danger est, non pas probable… mais simplement possible. Et c’est bien cela que les pouvoirs publics souhaitent : une attention calme, sans panique, quelque chose qui, même s’il n’est pas toujours très actif, ne se relâche jamais vraiment. C’est le principe même de la veilleuse... petite lumière, très peu intense, mais jamais totalement éteinte… Et le mot a été choisi avec soin pour exprimer cet état de veille qui fait que, justement, on oscille entre le désir de rassurer et celui d’alerter… deux idées qui sont presque contradictoires et qu’on manie donc avec circonspection. Car il ne faut pas déclencher une espionnite, une peur obsessionnelle de tout et de tout le monde, ce qui serait pire que tout. Mais, en même temps, il faut rendre le public conscient qu’un danger est peut-être là...

Il faut donc rester éveillé. C’est l’origine du mot « vigilance ». Dont la racine se retrouve, par exemple, dans le nom du plan Vigipirate… qui transforme tout un chacun en une sentinelle possible, un « vigile ». Le premier sens de ce mot a été garde de nuit… c’est-à-dire le garde qui ne dort pas (à l’heure où la plupart des gens dorment).
Le mot, sans son « e » final existait déjà dans ce sens en latin au Ier siècle après J.-C. et le français ne l’a repris qu’au XIXème. Et, aujourd’hui, on utilise le terme pour désigner ceux qui sont chargés de la sécurité dans des endroits, en général, privés, mais ouverts au public : cinémas, magasins, stades, salles de concerts… des agents de surveillance, donc, qui n’appartiennent pas à une police officielle. Et dont le service ne se limite pas à la nuit.

Mais, auparavant, on l’avait trouvé dans des usages différents en français : notamment un petit cierge que, durant les veillées funèbres, on plaçait à côté du cercueil, et qu’on laissait brûler toute la nuit… Encore une image de la veille, qui nous rappelle l’origine ancienne du mot : veiller, ne pas dormir, ne pas se laisser gagner par le sommeil, ou l’inconscience.
Et au féminin, le mot « vigile » désigne aussi, dans le vocabulaire catholique, l’office qu’on célèbre la veille d’une fête importante. La veille ? C’est-à-dire le soir qui précède, et où l’on décide de ne pas dormir.



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