OPA

Par: Yvan Amar

Une OPA sur Danone ? La rumeur inquiète… Ce fleuron de l’agro-alimentaire français pourrait-il passer sous contrôle américain ? Et cette possibilité suscite toute une levée de boucliers… Mais, qu’est-ce, au juste, qu’une OPA ? Un sigle, d’abord… Ce qui s’entend tout de suite. En effet, malgré la facilité, nul ne prononce jamais OPA comme un acronyme… un mot en deux syllabes… mais on garde la succession des lettres : O, P, A. Alors même qu’à l’écrit, dans la presse notamment, on l’écrit en un seul mot, sans marquer les initiales par des points.

Alors sigle de quoi ? C’est la première question qu’on se pose. Une OPA est une offre publique d’achat… Et c’est la plus célèbre opération de toute une série qui se décline en quatre possibilités : OPA, OPE (offre publique d’échange), OPRA (offre publique de rachat d’actions), OPR (offre publique de retrait). Quatre actions économiques qui nous font entrer dans le monde mystérieux de la haute finance… sans qu’on sache trop à quoi ça nous expose…

Et, en fait, bien que le mot OPA évoque le plus souvent une opération de conquête économique, on distingue entre OPA hostile ou pas, OPA amicale ou inamicale. Je vous l’accorde, l’OPA amicale est plutôt rare… Ou simplement, on n’en parle peu… Si elle est si cordiale, elle ne fera pas couler beaucoup d’encre. Et, donc, le terme ne se répandra pas hors du jargon économique. En revanche, celle qu’on dit inamicale suscite commentaires et polémiques. Non contente d’être publique, elle est à la une de l’actualité. Et alors en quoi ça consiste ? Simplement à ce qu’un investisseur propose de racheter toutes les actions de ce groupe, à n’importe quel possesseur, et à un prix plus haut que celui qui est au même moment coté en Bourse... A quelle fin ? C’est simple : pour prendre le contrôle de l’action. Ce côté agressif, presque militaire, en tout cas stratégique de ce mouvement se sent jusque dans la grammaire qui permet de l’exprimer : on dit « lancer » une OPA comme on dit lancer une attaque.

Et, comme le mot a eu du succès, il a largement débordé le cadre financier… On dit couramment d’un collègue de bureau, par exemple, qu’il a fait une OPA sur le seul ordinateur de la pièce… s’il a tenté de se l’approprier, d’en avoir l’unique usage… Ou à la fin d’un repas, qu’on va tenter une OPA sur le fromage de chèvre… Bien sûr, c’est plaisant, et ce sont des allusions, des plaisanteries qui se comprennent essentiellement entre des locuteurs qui ont une petite expérience économique… Et l’image est plus fréquente encore en politique, lorsqu’un homme politique tente d’assurer son influence sur un parti…
De même pour le chevalier blanc… Une image économique qui évoque le Moyen-âge, et peut faire sourire par son côté naïf. Le chevalier blanc étant le financier (ou l’association de financiers) qui s’opposera à l’OPA en rachetant lui-même un certain nombre de parts pour éviter que le prédateur ne contrôle la société convoitée… A l’image du preux chevalier qui vole au secours de la veuve et de l’orphelin, de la pure jeune fille, en tout cas de l’innocence menacée. Et c’est cette dernière image qui compte… celle qui oppose l’idée de l’innocence à celle du prédateur…



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